Marchal et Wolkowitch dans des rôles de flics. « Encore ! » serait-on tenté de dire…
Et pourtant, quelle réussite !
Denny (Oliver Marchal) et Joey (Bruno Wolkowitch) sont amis depuis leur plus tendre enfance. Joey est un type tranquille, voire renfrogné, qui a un peu de mal à exister à côté de son pote Denny, un type costaud et plein de principes.
« Joey méprise le mariage, les enfants, et les écrans plats. Tout ce qui a de la valeur, quoi ».
Denny et Joey ont grandi dans un quartier pauvre de Chicago avant d’entrer dans la police où ils échouent à obtenir le diplôme de Lieutenant. La faute aux quotas ethniques. La faute à ceux qu’ils n’ont plus le droit d’appeler négro ou mexicanos. Ils ne le vivent pas comme du racisme de leur part, juste une façon de parler héritée de leur quartier populaire. Et puis, Denny ne s’est jamais plaint, lui, d’être appelé « rital ».
« S’ils veulent que je sois tolérants avec eux, qu’ils commencent à tolérer mon intolérance ! ».
Ce n’est pas la très grande forme pour ces deux coéquipiers. Denny voudrait tout maîtriser. Il pense que son rôle d’époux, de père, et de flic, lui impose d’être un homme fort. Il a toujours une bonne raison de se montrer brutal, et se sentira d’autant plus désemparé lorsque les événements lui échapperont. Joey, lui, est blasé, résigné. Les deux hommes vont rapidement s’embourber dans les difficultés et faire l’amer constat de leur impuissance.
« T’es pas Dieu. T’es pas son pote, à Dieu. Tu peux rien faire, putain. »
En un peu plus d’une heure de spectacle, Denny et Joey vont subir une descente aux enfers vertigineuse qui nous prend aux tripes. L’auteur, Keith Huff, affirme : « Avec Pluie d’Enfer, j’ai écrit un film d’action destiné à la scène ». Il est vrai que cette pièce contient tous les ingrédients du film noir, clichés compris (la pluie, les putes, flic ou voyou…). Si la pièce est prévue pour être adaptée prochainement au cinéma, il s’agit incontestablement d’un exercice théâtral.
Pas de décor, des accessoires réduits à leur plus simple expression. Le metteur en scène (Benoît Lavigne) compte uniquement sur le talent de ses comédiens pour nous transporter à Chicago, et l’on ne peut lui donner tort face à un résultat vraiment enthousiasmant.
Je suis personnellement assez réservé quant à la prestation de Bruno Wolkowitch, même s’il est loin de démériter. J’avoue que ce comédien me laisse froid, un sentiment qui n’engage que moi dans la mesure où les autres spectateurs semblaient très satisfaits de sa prestation. Il faut dire, pout être tout à fait honnête, que son personnage est moins haut en couleur que celui d’Olivier Marchal.
Wolkowitch se contente de plisser les yeux avec un air inspiré. Il compte - un peu trop à mon goût - sur sa voix grave et son débit de parole lent pour jouer la placidité. Et puis, sa moustache lui donne un faux-air de José Bové !
Olivier Marchal, quant à lui, crée indéniablement une belle émotion. Autant il ne m’était pas apparu jusqu’à présent comme un acteur sensible, autant sa rudesse et sa puissance physique collent parfaitement au personnage de Denny, un type qui ressemble à première vue à un gros beauf mais à qui la misère qu’il côtoie quotidiennement dans son boulot fend le cœur. Olivier Marchal nous emmène dans son jeu d’acteur. Il nous violente quand son personnage se fait dur, et nous émeut lorsqu’il se brise.
En un peu plus d’une heure, le spectateur est devenu un intime du tandem ; il a partagé ses rêves d’espérance, et vécu ses angoisses et ses échecs. À voir !
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 14/02/2011