Michel Houellebecq agace. Il faut croire qu’il a le chic pour flairer ce qui va faire mal. Que le miroir qu’il tend à la société n’est pas des plus flatteurs.
Michel est le personnage principal de son récit ; c’est un quadragénaire célibataire, fonctionnaire au ministère de la culture. Lors d’un voyage en Thaïlande il rencontre Valérie qui mène une brillante carrière à Nouvelles Frontières. Malheureux en amour depuis des années, Michel est surpris de découvrir qu’il peut vivre heureux avec Valérie et s’épanouir dans une relation suivie avec une femme. Elle va trouver un nouveau job pour un puissant groupe hôtelier et Michel lui est d’un grand secours en lui apportant ses théories sur les réelles motivations des Occidentaux en quête d’ailleurs. Ils créent un nouveau concept, les Eldoradors Aphrodite... Leur histoire se terminera par la mort de Valérie lors d’un attentat perpétré par des terroristes islamistes.
Michel Houellebecq a écrit un beau roman qui se lit d’une seule traite, ce qui est la preuve de ses qualités littéraires. Il y a des passages qui chatouillent, c’est certain, mais c’est parce que son personnage est un mélange de placidité et de lucidité féroce, qu’il nous donne à voir un Occident mal-en-point en ce début de XXIe siècle. Les hommes y sont décrits comme des êtres qui ne désirent que baiser, qui ont oublié la séduction en découvrant l’amour tarifé à bas prix. Les femmes séduisent encore mais "A mesure que les femmes s’attacheront davantage à leur vie professionnelle, à leur projets personnels, elles trouveront plus simple, elles aussi, de payer pour baiser."
Les musulmans ne sont pas appréciés par Michel. Ils ont tué son père et l’amour de sa vie. Sa haine s’exprime avec intolérance : "L’islam avait brisé ma vie, et l’islam était certainement une chose que je pouvais haïr ; les jours suivants, je m’appliquais à éprouver de la haine pour les musulmans. J’y réussissais assez bien, et je recommençais à suivre les informations internationales. Chaque fois que j’apprenais qu’un terroriste palestinien, ou un enfant palestinien, ou une femme enceinte palestinienne, avait été abattu par balles dans la bande de Gaza, j’éprouvais un tressaillement d’enthousiasme à la pensée qu’il y avait un musulman de moins. Oui, on pouvait vivre de cette manière." Cela a choqué, on peut le comprendre. Cependant c’est oublier qu’il s’agit d’un roman et non d’un essai, qu’il s’agit d’un personnage créé et non de son auteur.
Plateforme dresse l’état des mœurs en Occident au début du XXIe siècle et on aurait voulu une apologie de l’Amour plutôt qu’un constat accablant de misère sexuelle, mais voilà...
Maxime Maillard
© Etat-critique.com - 30/06/2009