Les Ogres de Barback reviennent avec "Pitt Ocha au pays des Mille Collines". Un deuxième chant généreux pour les enfants du monde. A soutenir.
Les Ogres de Barback sont de généreux musiciens qui se placent plutôt du côté des minorités et des oubliés. Il y a le côté Rue du temps, puis le côté Ogrillons. Le premier album, La Pittoresque histoire de Pitt Ocha, avait permis de récolter des fonds pour Handicap International. 80 000 exemplaires vendus et 1 euro par album reversé à Handicap International. Les Ogrillons réitèrent : 1 euro par album reversé cette fois-ci à leur association « Pitt Ocha, pour un Monde de sons » qui prévoit notamment des actions au Rwanda.
Le premier tome racontait la naissance de Pitt Ocha, anagramme phonologique de Chapiteau, ce chapiteau qui permet de se déplacer et d’ouvrir à travers les arts les têtes de chacun. Une ouverture vers d’autres mondes. Logiquement, c’est vers les enfants du monde que se tourne ce deuxième album. Si les artistes du premier album étaient issus du territoire français (Néry, Pierre Perret, Tryo, La Rue Kétanou, Debout sur le Zinc, La Tordue, le Peuple de l’herbe), ceux du deuxième viennent du Canada, d’Asie, d’Europe de l’Est ou d’Afrique et laissent le « chant libre » aux enfants des quatre coins du monde.
Avant d’écouter Georges M’Boussi raconter une histoire au pays des Mille collines, le Rwanda, les 17 titres donnent la parole aux enfants mongols de l’orphelinat d’Oulan-Bator, à 17 Hippies, Tiken Jah Fakoly, Papiers d’Arménie, Polo, Traio Romano, Gabriel Yacoub, Patrick Bouffard.
Le conte évoque de manière fictive la disparition de la millième colline qui correspond à la dernière note d’une mélodie, un DO. Tant que ce bout de pays n’est pas retrouvé, la mélodie de Pitt Ocha et d’Igihozo ne pourra être terminée. La millième colline fait référence, pour les adultes, au génocide qui a fait disparaitre tant de familles… La millième colline est en fait le DOs d’une tortue qui est l’avatar des familles disparues réfugiées dans la carapace.
Les chansons, de leur côté, font intervenir des enfants et donnent furieusement envie de chanter. Les mélodies sont efficaces et les sonorités abattent les frontières des langues. On se surprend à répéter les refrains comme chacun a pu le faire en chantant du franglais ! « Bumbaïa » vous fera inévitablement chanter du mongol ! et pourquoi pas tenter l’aventure du chant diphonique…
Les sonorités maliennes avec Madina N’diaye et Tiken Jah Fakoly sur « Invitation » sont une pure merveille et montrent que le mélange des cultures et des différences est une réelle chance quand l'écoute est là.
Le monde enseignant avait salué le premier album en l’intégrant à leurs travaux pédagogiques, le deuxième ne devrait pas défaillir à la réputation du premier. Des supports sont d’ores et déjà prévus pour être édités et téléchargeables (partitions, versions instrumentales…).
En écoutant les chansons, on espère que des enseignants oseront chanter devant leur inspecteur « Touche pas à mon école » « S’il continue à toucher à notre école, le président à la casserole ! » ou encore « Le p’tit Nicolas »... Pour faire remonter la grogne du terrain et les difficultés de cette école élémentaire devenue le premier révélateur et accélérateur des inégalités sociales, même en France… Probablement un des plus gros échecs républicains des dernières décennies...
A défaut d’être entendu, transformons-nous en « Marchands de rêve » en écoutant ce joli album et en le diffusant… A écouter et à soutenir.
www.myspace.com/pittocha2
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 24/10/2009