Si le deuxième opus n’avait pas fait l’unanimité, la conclusion de cette trilogie va réconcilier les amateurs du premier volet avec cette licence disneyenne juteuse. Reste la dure impression d’une motivation essentiellement pécuniaire.
Les trilogies américaines qui se veulent cultes lorgnent toujours vers le modèle Star Wars. Un premier épisode très indépendant, un second volet plus noir qui se termine sur un cliffhanger et une conclusion très symbolique. Matrix a suivi le même parcours avec les résultats plus que mitigés que l’on connaît. Pirates des Caraïbes ne déroge pas à la règle mais réussi a sauver la mise grâce à un second degré totalement assumé.
Le premier volet reprenait les codes du film de pirates pour mieux les détourner et donnait un long-métrage de grande qualité que l’on attendait pourtant au tournant (il est basé, après tout, sur une attraction de Disneyworld). Le succès financier a évidemment motivé les producteurs à investir dans deux suites pour le plus grand plaisir des petits et des grands. Le résultat ne fut pas probant avec Dead man’s chest, trop artificiel et ayant perdu de son originalité. Aussi, ce chapitre rassemblait autant d’espoirs que de craintes.
Je ne vous parlerai pas du scénario, mais sachez que les évènements reprennent là où on les avait laissés. Si l’intrigue peut être comprise sans avoir vu les deux précédents chapitres, l’humour joue énormément sur les références à ces derniers et l’histoire perd grandement de son intérêt sans les petits détails scénaristiques que les initiés repéreront à coup sûr.
L’absurdité du retour improbable (et dans ce registre, le film fait beaucoup mieux par la suite) du capitaine Jack Sparrow est sublimée par une scène surréaliste qui démontre, s’il fallait s’en convaincre, l’immense talent de Johnny Depp. Keira Knightley et Orlando Bloom semblent transparents en comparaison et jouent souvent le rôle de faire-valoir même si la belle anglaise tire mieux son épingle du jeu que son compagnon à l’écran.
On retrouve en outre, et avec plaisir, le casting des deux premiers films, rejoint par un Keith Richards magnifique, qui rivalise de répliques et de gags visuels efficaces. On pourra regretter une trop grande galerie de personnages qui donne l’impression d’un remplissage abondant pour maintenir éveillé l’intérêt du spectateur et qui finalement le perd (syndrome de Santa Barbara). Certains rôles auraient pu être supprimés tandis que d’autres auraient gagné à être plus développés. Rassurons nous, les producteurs ne perdent jamais leurs bonnes habitudes et la porte entrouverte vers la fin pour une éventuelle suite pourra satisfaire ce besoin.
Sur plus de deux heures et demie, beaucoup de choses se passent, souvent dans le chaos le plus total : les relations entre les personnages deviennent confuses, les retournements de situation donnent le tournis, les scènes d’actions s’enchaînent généreusement sans se justifier outre mesure… Bien que le mélange soit parfois à la limite de l’indigeste, le moins que l’on puisse dire c’est que le spectacle est garanti. Après tout, pourquoi bouder son plaisir en attendant Pirates des Caraïbes 4 : Jack Sparrow contre le Masque de Fer.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 24/05/2007