Presque vingt ans après sa réalisation, Piège de Cristal reste un sommet du cinéma d’action. L’œuvre d’un grand !
Après le succès mérité de Predator (voir dimanche dernier), Joel Silver et Lawrence Gordon veulent réunir Schwarzenegger et McTiernan pour un second Commando. Très vite le projet capote et Piège de Cristal voit le jour. Pour jouer le héros, Bruce Willis n’est que le cinquième choix. La productionpropose d’abord le rôle de John McLane à Schwarzie, Sylvester Stallone, Burt Reynolds et Richard Gere. Le choix porté sur l’acteur de la série Clair de lune est un risque.
Mais Piège de cristal reste entre les mains de John McTiernan. Celui-ci travaille à sa guise et s’offre un tournage à la hauteur de son exigence. La plupart des explosions sont réelles. Il se jette dans le vide pour prouver à Alan Rickman qu’il peut le faire pour la scène où le personnage de Hans Gruber est défenestré. Il tourne dans la tour où se trouvent les bureaux de la Fox.
Le film profite de cette volonté total du réalisateur. Le film sera la référence pour des dizaines de titres à venir. Comme Predator, Piège de cristal, habilement, mélange les genres. Ce devait être une histoire de terroristes, cela se transforme en cambriolage. C’était une histoire de chat et de souris entre un flic isolé et des gangsters allemands, cela vire au film catastrophe avec une pointe de film de guerre.
Le spectacle est total. Le rythme ne faiblit jamais. Les personnages sont passionnants. Le héros devient un cowboy new look et le méchant est plus charismatique que ce pauvre John McLane. Ce dernier venait à Los Angeles pour sauver son mariage, il tente de sauver sa peau dans les boyaux d’un building en feu…
Pas besoin de résumer l’histoire. Elle est connue de tous et fut copiée à l’infini. Plus intéressant, est le développement des thèmes du cinéaste. Plus qu’un faiseur, on découvre un auteur obsédé par l’autocritique du cinéma américain.
Car son héros n’en est pas un. Schwarzie dans Predator était un soldat un peu trop sûr de sa force. Ici, John McLane est un type qui n’a rien demandé à personne. Un flic plus besogneux qu’héroïque. Avant de devenir une icône du film d’action (ce qui sera fait par 58 minutes pour vivre), John McLane est un flic largué dans sa vie personnelle, à la limite du looser (on le retrouve mal remis d’une cuite dans Une journée en enfer).
De plus le policier n’est pas le régent de l’action. John McLane subit le plan de Gruber et ses hommes. Il est le grain de sable dans un rouage joliment pensé. C’est à l’énergie du désespoir et à tentation de survivre que John McLane réagit. Il ne défend aucune cause et réduit son objectif à échapper aux terroristes et protéger son épouse. Comme Predator, le héros prend l’action à son compte dans la dernière partie, lorsqu’il a abandonné toutes ses certitudes de soldat ou de policier.
Comme L’arme fatale, réalisé un peu avant, le héros n’est plus le gardien de l’Amérique triomphante. Dans Piège de Cristal, les flics sont placides et incompétents tandis que le FBI brille par sa dangereuse prétention. Le héros fait ce qu’il peut pour s’en sortir même s’il doit détruire tout le décor.
Dans Predator, la logique de la violence finit dans le chaos le plus total (explosion nucléaire) et l’immeuble de Piège de cristal finit comme l’allumette architecturale de La tour infernale. Le film d’action sera profondément modifié par cette idée de destruction de l’espace.
Autre obsession à apparaître dans l’œuvre du cinéaste : le langage. Dans tous les films de McTiernan, les langues ont une importance, y compris dans sa mise en scène. Le réalisateur n’aime pas trop les écarts linguistiques et s’applique à mesurer l’importance du langage. L’enjeu de la communication est omniprésent dans Piège de cristal. Tout le film tourne autour d’un talkie walkie. Derrière ce détail apparaît l’envie d’un semblant de réalisme chez McTiernan et cela se révélera dans les œuvres à venir.
D’ailleurs le pragmatisme permet au film de bien vieillir. Si on excepte la coupe de cheveux de madame Mc Lane et quelques personnages, le film subit très bien le poids du temps et continue d’impressionner par sa modernité et son style sec et virtuose.
En 1988, le réalisateur savoure son succès à Hollywood. Le film est un carton dans le Monde et lancera la carrière de Bruce Willis (même s’il est autorisé d’avoir une préférence pour le méchant Hans Gruber alias le génial Alan Rickman). Avec A la poursuite de l’Octobre Rouge, McTiernan enchaîne avec un troisième succès indéniable. Il aurait dû en profiter les années 90 ne lui feront pas de cadeau…
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 10/03/2011