RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Philippe Katerine

Philippe Katerine

Philippe KATERINE

(Barclay/Universal - 2010)

Les commentaires

seb

Le 11/01/2011

bonne barre de rire en regardant "ce clip"... Egalité mon cul...!

Et ta critique ?




Toujours aussi barré, voire plus, Katerine nous gratifie d’un album minimaliste, expérimental, déroutant et surtout … jouissif. Une antidote à la morosité ambiante, au sérieux et à la prétention. Un disque humain…malgré tout.

 

 

Mais qu’est-ce qu’il nous a encore mijoté ? C’est un peu ce qu’on se disait, en septembre, en découvrant, sur les murs du métro, la pochette de son dernier album où il pose,  tronche de ravi de la crêche, entouré de… ses deux parents.

Katerine aura donc attendu 5 ans pour donner un petit frère à "Robots après tout", gros succès grâce au carton plein de Louxor j’adore, album technoïde aux accents kraftwerkiens enregistré avec une groovebox.

En bon amateur d’art contemporain, le Vendéen a su se renouveler dans la forme, tout en gardant son esprit provocateur. D’où ces 24 titres courts (entre 30 secondes et trois minutes) et ces textes qui parfois se réduisent à deux lignes, voire à quelques mots (« J’aime tes fesses », « Bla Bla Bla », « Juifs Arabes »).

Musicalement, les machines ont laissé la place à un trio basse/guitare/batterie des plus minimalistes, à peine relevé d’un peu de clavier de ci-de là. Katerine a de plus imposé à ses musiciens de n’utiliser qu’un seul instrument et de se passer de toutes pédales et autres boîtiers d’effets. Les morceaux ont été écrits puis enregistrés live, d’une seule traite. Ceux qui ne fonctionnaient pas ont été tout de suite écartés.  Ce parti-pris d’un dépouillement total, ajouté à des textes volontairement simplistes ou expérimentaux, déroute et en agacera plus d’un.

N’empêche que Katerine fait mouche dans la plupart des cas, et nous démontre qu’il suffit de presque rien pour faire une chanson, et que quelques mots répétés façon haiku japonais ont parfois autant de sens que des empilements d’alexandrins, de refrains et de couplets. Et surtout c’est drôle. Il est bon de se marrer tout seul dans le métro à l’écoute de ces chansons déjantées, qui ne tiennent qu’à peu de choses,  sinon à la faculté de Katerine de faire sonner ces quelques mots avec sa voix si particulière.

Il est salutaire d’entendre un chanteur qui ne se prend pas une seule seconde au sérieux, sans aucune peur du ridicule. Katerine s’inspire de la tradition française de l’humour potache, des énumérations de Rabelais à l’Ubu d’Alfred Jarry, des pitreries de Duchamp à celles de Vian, ou plus près de nous, de Groland ou du dessinateur Pierre La Police.

Et puis mine de rien, Katerine nous parle de pas mal de sujets, assez propres à la quarantaine : d’abord la famille, puisqu’il réussit à faire chanter ses parents (« Il veut faire un film », celle-là vaut son pesant d’or, surtout quand vous entendrez ce qu’il leur fait chanter), son ex Jeanne Balibar (sur le très funky « J’aime tes fesses »), et sa fille Edie. La famille, qui renvoit à la censure, et aussi à l’acceptation de son propre prénom : Katerine s’appelle désormais Philippe Katerine (c’est marqué sur la pochette), et il s’en convainc avec l’hilarant et horripilant « Philippe ».

D’ailleurs le disque, mis à part quelques titres à ne pas mettre en toutes les oreilles (l’horrible « Rêve », chanson à chute), fait un tabac auprès des enfants (les miens adorent, surtout  « Bla Bla Bla » et son « tu parles/tu meurs/tu parles plus » ou encore « Philippe » et son « comment tu t’appelles ? »).

Katerine chante aussi l’affranchissement de toutes les servitudes (« La Banane », tube qu’on ne présente plus), et puis les jeunes de main’nant qui n’écoutent plus la musique sur une « Vieille Chaîne » mais sur leur « Té-lé-phone ». S’y ajoutent une énumération assez éclairante de ses idoles d’hier et d’aujourd’hui (« Morts-Vivants ») ou encore une ballade nocturne en vélib sous ecstasy (« Parivélib »).

Un grand bazar pas si désordonné, et qui résiste plutôt bien aux écoutes répétées. Alors bien sûr il s’en trouve pour faire la fine bouche et dénoncer ce qu’ils considèrent comme une vaste escroquerie. Car Katerine, dans cet exercice proche du happening mais aussi et surtout profondément humain et touchant, s’attaque à l’idée d’une certaine chanson, sophistiquée, « intelligente », noble et sérieuse.

On ne l’en remerciera jamais assez.


NB : ne manquez pas de faire un tour sur le site http://www.katerinefrancisetsespeintres.com/ pour découvrir son projet « 52 reprises dans l’espace » réalisé en 2009-10. Katerine s’est amusé chaque semaine à reprendre une chanson, forcément décalée. On y trouve par exemple le  « Papayoulélé » deCarlos, « La Queuleuleu » de Bézu et bien d’autres encore. Le clou total est sa version du « DJ » de Diam’s…

 

 

 


Nicolas Lejeune

© Etat-critique.com - 10/01/2011