Après Les ruines, cette semaine, le cinéma fantastique devient écologique. M.Night Shyamalan retrouve les vertus d'un cinéma classique et oublie un peu son ego. Un bel exercice de style!
M.Night Shyamalan avait un peu perdu le sens de la simplicité avec son dernier film, Le jeune fille de l'eau. Il s'appropriait le rôle d'un écrivain qui allait sauver le Monde. Le film devait être un conte moderne. Cela ressemblait surtout à un gros règlement de compte avec ceux qui l'empêchent de s'épanouir en tant qu'artiste.
Avec Phénomènes, le cinéaste revient aux affaires. Il retrouve le style qui avait le succès du 6e sens ou Signs. A savoir un film de terreur intimiste. Reproduisant le même schéma depuis quelques temps (ouh le twist final), Shyamalan tente de changer son écriture, tout en douceur.
Le film possède bien la marque du cinéaste. C’est classique et élégant. Il envisage la fin du Monde avec une minutie et une rigueur qui rappellent son talent. Cet homme a des défauts mais il sait mettre en scène.
Phénomènes raconte donc une catastrophe qui touche le Nord est des Etats Unis. Des hommes et des femmes se suicident. Sans raison apparente. Des villes entières sont touchées. Elliot Moore, professeur de biologie, décide de s’enfuir avec son épouse, un ami et sa fille, à la campagne. Finalement ce n’est peut être pas le meilleur endroit pour se protéger de cette épidémie extraordinaire.
Shyamalan revient donc à ce qu’il sait faire : un film de terreur intimiste. Il s’enferme avec un personnage et nous fait vivre sa paranoïa et ses angoisses. A ce petit jeu, on est surpris par la composition de Mark Whalberg, très bon dans un rôle hitchcockien.
On pense beaucoup au cinéaste anglais dans ce film. Shyamalan évite les grosses ficelles du blockbuster et comme Spielberg, avec La guerre des Mondes, fait l’effort de filmer différemment la catastrophe.
Avec ses deux références, le cinéaste réussit un film assez brillant même si des défauts subsistent mais tout est gommé par une mise en scène vraiment séduisante. Il faut excuser deux ou trois énormités car Phénomènes a le mérite de ne pas faire dans l’esbroufe et les effets spéciaux. Le regard d’une fille abandonnée suffit largement à notre bonheur. ou plutôt notre effroi!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 16/06/2008