Ce film d’animation monochrome réalisé à plusieurs mains, part d’un concept intéressant mais n’échappe pas au manque de cohérence inhérent à un collage hétéroclite de courts-métrages de plus ou moins bonne facture. Mais il ne faut jamais jeter le bébé avec l’eau du bain.
Il faudrait commencer par saluer l’initiative du distributeur de sortir une œuvre d’auteur(s) au moment des vacances scolaires alors qu’il n’est pas du tout destiné aux enfants. En profitant de l’appel d’air provoqué par le succès critique et commercial de Persepolis de Marjane Satrapi, ce patchwork d’animation, sombre dans son ton et dans sa forme, bénéficie d’une sortie confidentielle mais salutaire.
En se tenant à son idée principale (des histoires tournant autour de la peur et du noir), l’entreprise d’un telle chose est risquée. D’une part parce que le public est difficilement identifiable (les scènes légères succèdent à des séquences très particulières, propres à la bande dessinée indépendante) et d’autre part car les démarches des différents artistes sont très personnelles, voire impénétrables.
Il ne faut donc pas s’attendre à tout aimer. Chaque sensibilité sera représentée et il y a fort à parier qu’au moins une pièce satisfasse pleinement le spectateur, quel qu’il soit. Malheureusement, cela ne l’empêchera peut-être pas de s’ennuyer le reste du temps.
En passant sur les deux premières séquences (une histoire d’insecte graphiquement intéressante mais au scénario pauvre et un récit d’inspiration japonaise underground difficile à aborder), on trouve un fil conducteur digne d’intérêt. Ce fil, tel celui d’Ariane, se perd dans des méandres vaporeuses où il fait bon s’attarder. Mais c’est aussi un fil rouge grâce à des séquences intercalaires.
La première de ces transitions est l’histoire sauvage et perverse d’un maître-chien cruel. L’image vibre dans de superbes décors crayonnés et s’anime sur une trame sonore extrêmement bien pensée. La seconde est une variation kaléidoscopique de brèves de comptoir (celui du café de Flore en tous cas) sur le thème de la peur au son de la voix de Nicole Garcia. Cette extrapolation des frayeurs modernes (politiques, sociales et comportementales) est un ajout précieux de par le décalage humoristique qu’il suscite .
Cela nous conduit aux deux derniers morceaux, les plus savoureux du festin : l’histoire classique d’une bête rodant dans un village reculé et celle d’un cambrioleur qui n’aurait pas dû choisir la maison dans laquelle il est entré. Les récits sont classiques mais le traitement est magnifique. Habités pleinement par le sujet, les réalisateurs ont compris l’essence du projet. Les variations de lumières, l’ambiance sonore ou encore le choix des cadres, tout participe à une expérience intense que je ne souhaite pas trop révéler ici. Le mieux étant d’y participer.
Mettant en avant une nouvelle garde d’artistes sincères et talentueux (même si le constat restera relatif), Peur(s) du noir est une expérience nécessaire qu’il ne faudrait pas bouder, surtout lorsque l’on se plaint d’un certain cinéma d’animation uniformisé et sans saveur. Une réussite qui met en lumière l’infinité de nuances entre le noir et le blanc, le jour et la nuit.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 20/02/2008