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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Petites infamies

Petites infamies

Carmen POSADAS

Points Seuil - Traduit de l'espagnol (Uruguay) par François Maspero - 300 pages

Et ta critique ?




Roman au vitriol de la société Madrilène, Petites infamies est un bijou de fine observation et de méchanceté ciselée.


Nestor Chaffino, tu ne méritais pas ça ! Dès les premières lignes je me suis dit que tu étais quelqu’un de bien, un chic type avec le cœur sur la main et qui travaille dur pour maintenir à flots sa petite entreprise de traiteur à domicile. Alors, mourir congelé dans la chambre froide d’une grande maison madrilène où tu as encore excellé le soir même dans ton métier de restaurateur… quel gâchis !

Mais Nestor, ne sois pas si naïf, tous les hôtes de cette réception avaient un bon motif pour craindre ta présence, pire, ton existence, et donc de se réjouir de cette médiocre mort. Toi qui collectionnes les secrets culinaires, tu connais également par cœur leurs secrets personnels, leurs petites infamies, ces actes répréhensibles qui hantent leurs cauchemars et qu’ils souhaitent oublier à jamais. Toi dont le métier te met souvent au mauvais endroit au mauvais moment, toi qui as vu et entendu l’indicible, tu les empêches de se refaire une bonne conscience.

Ce livre n’est en rien une banale énigme avec enquête policière en règle. C’est plutôt le passage en revue de personnages qui ont oublié d’être simples et dont la vie est un savant dosage entre insouciance bourgeoise et souffrances enfouies. Chaque portrait est un petit bijou tant la plume de Carmen Posadas se fait incisive et satirique à leur évocation. Petites infamies est écrit avec finesse et légèreté malgré la gravité de certains propos et l’arrière goût de scandale qui pèse sur chaque intimité révélée.

Ce roman est l’occasion de voir se heurter deux milieux, la petite bourgeoisie madrilène et ses serviteurs, deux natures : les innocents, que Nestor Chaffino incarne à merveille, et ceux aux mains sales. Le Madrid des bourgeois bien-pensants en prend pour son grade, son vernis est vite écaillé, son arrogance et son argent ne lui rachètent aucune conduite.

Petites Infamies se boit comme du petit lait. Une seule déception cependant, le dénouement que l’on attendait plus magistral… Nestor Chaffino, du fond de sa glacière, le méritait bien !


Delphine Uguet

© Etat-critique.com - 16/03/2009