Le Tri Postal et Peter Klasen : un écrin brut pour une œuvre dure.
Le Tri Postal accueille, depuis le 2 octobre et jusqu’au 29 novembre 2009, une rétrospective illustrant 50 années de travail de Peter Klasen et regroupant près de 150 œuvres présentées selon un parcours chronologique.
Peter Klasen est né à Lübeck (Allemagne) en 1935. Peintre, sculpteur et photographe, il s’inscrit dans les années 60 dans le mouvement de la Figuration Narrative. Il travaille alors d’après des photographies qu’il reproduit en peinture par le procédé d’aérographie.
Cela donne des toiles très réalistes. Quelques années plus tard, il mêle photographie et incorporation d’objets réels (néons, bidets, éléments hygiéniques ou électriques).
Cette phase du travail de Klasen a plutôt vieilli même si, paradoxalement et par le caractère cyclique de la mode, il pourrait presque passer pour actuel.
Dans les années 70, Peter Klasen s’essaye à la couleur, restituant sur toiles des images d’arrière de camion ou de conteneurs. Les couleurs sont vives, mais le sujet grave puisqu’il constitue une évocation de l’Holocauste. (« Les containers, on est déjà dans les wagons », explique l’artiste.)
Peter Klasen entre alors dans une dimension plus tragique et beaucoup plus dérangeante : on commence à se sentir moins bien.
Le sentiment de malaise s’accentue nettement avec « Shock Corridor/dead end », une œuvre en forme de couloir dans lequel le visiteur s’aventure et qui se termine en cul de sac. L’ambiance de ce Corridor est mate, froide et angoissante : elle évoque furieusement l’univers de l’internement psychiatrique. Il est saisissant de voir comme cette œuvre résonne en nous, comme elle nous dérange en ce qu’elle nous confronte à ce que la société prend grand soin de nous cacher (folie, internement, incarcération).
L’acmé du malaise sera atteinte en fin d’exposition avec « La Colonie pénitentiaire », une œuvre vraiment terrifiante inspirée d’une nouvelle écrite en 1914 par Kafka et réalisée en 2009.
Si certaines œuvres, comme les voitures de course ou la série sur le Mur de Berlin sont assez anecdotiques et peu marquantes, on ressort un peu remué de l’exposition Klasen. L’effet produit par Shock Corridor et la Colonie pénitentiaire est indéniable, et la dureté des œuvres est soulignée par le cadre trash de l’exposition (le Tri Postal est un ancien local industriel laissé quasiment brut, à la façon du Palais de Tokyo).
Toujours est-il qu’on est content de sortir à l’air libre, et de profiter du joli mois de novembre à Lille !
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 06/11/2009