Grands espaces, calme et volupté : une centaine d’œuvres du peintre écossais Peter Doig sont présentées au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris pour une première rétrospective en France.
Assis dans un canoë orange immobile à la surface calme d’un plan d’eau, un homme à longue barbe et fine silhouette fixe le visiteur. Au-dessus, au-dessous, tout autour de lui, l’eau et le ciel sont d’un bleu intense oscillant entre turquoise et marine. Décor naturel sans limite, torpeur ensoleillée et sensualité des matières - jusqu’à l’îlot lointain en arrière plan partagé entre végétation tropicale et bâtisses blanches -, tout l’univers pictural de Peter Doig est dans cette œuvre emblématique (100 years ago - 2001).
Né en 1959 à Edimbourg, Peter Doig a grandi entre Trinidad et le Canada avant de retourner en Grande-Bretagne à l'âge de vingt ans pour y poursuivre des études artistiques à la Wimbledon School of Art, puis à la Saint Martin' s School of Art de 1980 à 1983. C’est avec son exposition à la Whitechapel Art Gallery de Londres en 1991 qu’il se fait remarquer. Prônant un art figuratif unissant l'homme à la nature, Peter Doig représente volontiers des espaces sauvages, des silhouettes solitaires, des brouillards incertains ou des paysages enneigés.
Mais que l’on n’aille pas voir en lui un contempteur béat du mythe “crusoesque”. Loin de se contenter du bon sauvage en harmonie avec son environnement naturel, il n’hésite pas à puiser son inspiration aussi bien dans les cartes postales, que dans le cinéma populaire ou expérimental, les pochettes de disques, la télévision et la vidéo amateur.
La très complète exposition du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris permet ainsi au visiteur de découvrir, présentées par thèmes, les autres facettes de l’œuvre du peintre. On peut ainsi admirer ses tableaux, souvent de très grand format, introduisant une dimension contemporaine plus “triviale” ou technologique. Long semi-remorque rouge traversant, pleins phares, un paysage entre chien et loup ; voiture de police garée près d’un cours d’eau ; éléments architecturaux aperçus derrière un rideau de végétation...
Et puis retour aux froids paysages canadiens, aux bords de lacs enneigés, aux brouillards givrants, aux chutes de neiges et aux surfaces gelées. Avec une présence humaine comme constante presque systématique. Un enfant les pieds dans l’eau, une paire de grosses chaussures enfoncées dans la neige, une silhouette presque impossible à distinguer dans le brouillard ou une multitude minuscule aux prises avec les éléments.
Mais c’est surtout une appréhension du temps différente qui transparaît dans les toiles et les dessins de l’artiste. Cette intemporalité onirique fonctionne comme une machine à ralentir le cours de la vie. Entre hypnose et envoûtement, ses couleurs, ses matières, ses atmosphères provoquent un agréable flottement non dénué d’une exotique poésie.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 09/09/2008