Adaptation attendue de la bande dessinée éponyme, Persepolis est une transcription très réussie bien que l’on puisse regretter que l’œuvre ait été un peu lissée pour satisfaire un plus large public.
Persepolis est une œuvre autobiographique de la dessinatrice Marjane Satrapi. Entre son Iran natal, du régime du shah à celui des islamistes, et une Autriche symbole d’une Europe libertaire, elle tentera de vivre une enfance puis une adolescence normale. Et cela relève de la gageure quand les membres de sa famille et ses amis sont les victimes d’une guerre ou d’une révolution qui ne peut se justifier, surtout pour une jeune fille.
Si l’original était en noir et blanc, le film ose la couleur pour appuyer le contraste entre le passé et le présent. Ce détail, loin de passer inaperçu, casse un peu la poésie de la bichromie. Heureusement, cela n’entache pas réellement la qualité de l’ensemble. L’animation est à la hauteur de la tâche et le casting vocal tient la route avec un trio féminin de choc : Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve et Danielle Darrieux. Avec un constat de réussite dans la forme, qu’en est-il du fond ?
Si le fil de la vie (très remplie) de Marji est retracé fidèlement, on peut regretter certaines coupes ou modifications qui ont pour but de rendre le film plus vivant. Néanmoins la substantifique moelle a été conservée et seuls ceux qui connaissaient déjà la version papier n’y trouveront pas totalement leur compte. Dans un sens, adapter une œuvre aussi dense relevait de l’impossible, et le travail entre la dessinatrice et le réalisateur rend un vibrant hommage à son aînée.
Si certains aspects historiques sont éludés, ils le sont au profit de scènes plus émotionnelles qui sonnent un peu creux loin du contexte qui n’est ici présent qu’en filigrane. Mais que l’on se rassure : le propos ne verse jamais dans le conformisme ni dans l’autocensure. Pour aller plus loin et si vous passez devant une bonne librairie…
Mais ce qui choque le plus, c’est la vulgarité de certains propos. Sans fausse pudeur, il est étonnant de constater qu’une flopée de jurons colorés orne le discours alors qu’ils n’étaient pas (aussi) présents auparavant. On se demande quel choix « artistique » a pu justifier cela sachant qu’ils concourent en un sens à l’humour de certaines scènes.
Persepolis satisfera aisément le grand public, qui y trouvera une approche différente du film d’animation ainsi qu’une vision à la fois tendre et critique d’un pays et d’une époque fort mal connus en fin de compte. Un grand prix du jury à Cannes qui n’est pas du tout démérité.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 26/06/2007