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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Persecution

Persecution

Patrice CHéREAU

Avec Romain Duris, Charlotte Gainsbourg, Jean Hugues Anglade et Gilles Cohen - Mars distribution - 9 décembre 2009 - 1h40

Et ta critique ?




Un type n'arrive pas à aimer. Un inconnu lui déclare sa flamme. Une fille supporte les atermoiements du type. Ce trio suffit à un Patrice Chéreau proche de la caricature!


Un film de Chéreau c’est toujours un combat. Ce cinéaste défie souvent le spectateur et le ménage aussi peu que ses comédiens, masochistes consentants et véritables héros de l’œuvre.

Car l’auteur aime les acteurs et offre des rôles souvent ambitieux, passionnants et humains. Cette fois ci c’est l’énergique Romain Duris qui se fait torturer par le réalisateur de la Reine Margot.

On le sent à fleur de peau. On le devine jamais loin de la vérité et de l’émotion brute, de la colère noire. Chéreau est allé chercher ce qu’il y a de pire chez le jeune comédien, espoir flamboyant du cinéma français. Il joue donc Daniel, un type énervant, incapable d’être heureux et toujours en train de se dérober.

Il n’a pas vraiment de boulot. Il n’a pas vraiment d’appartement. Il n’a pas vraiment de liaison officiel. Sonia l’aime mais après trois ans de relation, il n’arrive toujours pas à l’assumer. Il a des amis : il le trouve toujours dur. Daniel est un bel emmerdeur.

Il va lui arriver une tuile : un type tombe amoureux de lui. Le persécuteur devient persécuté et peut être Daniel comprendra des choses sur l’existence, l’amour et le destin.

Avant cela, Chéreau nous perd dans des scènes cruelles où le héros devient antipathique et agaçant. Les comédiens sont excellents mais s’enferment dans le drame intimiste et emphatique à la fois.

On sourit même devant les crises de nerf et les discussions amoureuses en grands manteaux noirs dans des appartements vides. Le cliché d’un cinéma français intellectuel et névrotique n’est pas loin.

Après Antichrist, Charlotte Gainsbourg n’en finit pas de se donner au cinéma comme s’il s’agissait d’un sacrifice. La passion, le désir, la retenue, la violence, la comédienne joue tout à fond face à Romain Duris, qui contient une fureur parfois un peu caricatural.

L’arrivée de Jean Hugues Anglade devient presque rafraîchissante. L’énormité de son personnage lui donne la place d’un bouffon qui finalement détient la vérité, au hasard d’une très belle (et rare) scène de confession.

Autrement, c’est du cinéma aux digressions trop empruntées. Ce n’est jamais vraiment crédible et trop littéraire. Les zones d’ombre sont trop nombreuses pour qu’une éclaircie nous propose de rester devant ce héros nerveux et torturé. Chéreau aime les écorchés vifs. Il faudrait que son cinéma soit de nouveau vivant. Là, c'est juste lugubre.



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 11/12/2009