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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 Pereira prétend

Pereira prétend

Antonio TABUCCHI

10/18 - Traduit de l’italien par Bernard Comment - 213 pages

Et ta critique ?




Roman politique puissant et étouffant du plus Portugais des auteurs Italiens, Pereira prétend ancre Antonio Tabucchi dans le petit cercle des auteurs contemporains majeurs.


Avec Nocturne indien (dont Alain Corneau a tiré un film interprété par Jean-Hugues Anglade), Pereira prétend, paru en 1993, est sans doute l’œuvre maîtresse d’Antonio Tabucchi. Cet auteur contemporain majeur a d’ailleurs situé l’essentiel de ses écrits au Portugal où il a été, pendant deux ans, Directeur de l’Institut culturel italien à Lisbonne.

Dans ce roman, Antonio Tabucchi remonte le temps pour installer son personnage central en 1938, époque troublée, à la veille de la seconde guerre mondiale, en pleine guerre civile qui ravage l’Espagne voisine et sous la pesante dictature salazariste que subit le Portugal.

Dans un climat politique et météorologique étouffants (nous sommes en plein mois d’août), Pereira, responsable de la page culturelle hebdomadaire du quotidien Lisboa rencontre Monteiro Rossi, un jeune homme qu’il engage pour écrire, à l’avance, les nécrologies d’écrivains susceptibles de mourir prochainement. Mais Monteiro Rossi, s’avère être un piètre journaliste et semble plus impliqué politiquement aux côté des Républicains espagnols que littérairement dans le supplément culturel du Lisboa.

Soutenu par un style narratif indirect proche du rapport de police rendant compte des faits et gestes de Pereira ("Pereira prétend que cet après-midi là le temps changea", "Le samedi matin, à midi précis, le téléphone sonna, prétend Pereira"…), le roman de Tabucchi fait ressentir intimement au lecteur le poids de cet Etat policier et ses conséquences sur la vie quotidienne. Impossible de s’exprimer librement, même avec des proches ; impossible de recevoir un courrier ou un appel téléphonique sans craindre qu’il soit intercepté par la police ; impossible de passer une information dans un journal sans visa de la censure…

Pourtant, en réaction à ce climat pesant, le sage Pereira va voir naître insensiblement, presque malgré lui, une sorte de conscience politique qui le fera glisser vers une dissidence résolue, jusqu’à l’irréversible.

A l’image de son héros, Pereira prétend est un livre humain, émouvant et intelligent.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 24/04/2009