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Jeudi 24 Mai 2012Musique

 Perdu d'avance

Perdu d'avance

. ORELSAN

(3ème Bureau/Wagram - 2009)

Et ta critique ?




Au cœur de la polémique de l’été, le rappeur Orelsan vaut mieux que les chamailleries autour de sa grossièreté. Son premier album fait preuve d’un réalisme qui fait froid dans le dos.

Orelsan est un type clairvoyant. Normand, il a visiblement connu les journées pleines d’ennui, les conneries d’adolescents et les frustrations d’un quotidien tout gris.

"Perdu d’avance" est une version rap du bouquin glaçant de Pierric Bailly, "Polichinelle" ou le film de Bruno Dumont, "La vie de Jésus". La jeunesse de province est aussi larguée que celle de banlieue. Les badboys n’ont pas besoin de grosses voitures et de filles en bikini. 

Le fait divers cache une tristesse sordide et il n’y a rien de spectaculaire ou d’exceptionnel dans la violence démontrée par Orelsan.

Aliénés par une société qui court après la jouissance, coincés dans le consumérisme, les jeunes décrits par Orelsan souffrent d’un mal être profond et d’un ordinaire abrutissant.

Orelsan raconte les soirées bien galères, les dragues sans passion sur le net, les boites de nuit qui sentent le mauvais whisky coca, les films de boules en ligne, les petits matins sur la playstation…

Le rappeur rappelle bien entendu son cousin américain, Eminem : tous les deux fustigent l’abrutissement avec un grand sens de la satire. A son petit niveau, Orelsan dépeint avec un humour très noir, cette misère qui ronge une jeunesse bel et bien paumée.

Déprogrammé cet été des Francofollies, le rappeur n’est pas un gros misogyne idiot comme le décrivent certains politiciens. Il fait preuve juste d’un mauvais goût qui souligne un vrai réalisme. Le jeune homme est vraiment victime d’un faux procès.

Fin de la parenthèse ! S'il y a quelque chose à redire sur ce premier opus, ce serait au niveau de la musique, un peu trop synthétique et sans grande originalité. On se concentrera alors sur les paroles, grossières mais pas vulgaires, brutales mais vraisemblables.

A ce niveau, Orelsan sort du lot du rap français. Loin de la gonflette et des tatouages dans le cou, les morceaux d’Orelsan secouent sans vraiment faire danser. Le chanteur est un type froid, lucide, drôle et inspiré.
Son constat apparaît sévère.
Il est juste et franchement, il est bon !



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 25/10/2009