Confronter les mêmes événements intimes aux Pensées secrètes de leurs deux protagonistes : une brillante idée narrative pour un bon roman du grand David Lodge.
Ralph Messenger est directeur du département de sciences cognitives (c’est-à-dire "l’étude systématique du fonctionnement de l’esprit") de l’université de Gloucester. Quinquagénaire marié et bon père de famille, c’est avant tout un séducteur, adepte des aventures d’un jour. Dans le cadre de sa recherche sur la structure de la pensée, il décide de consigner dans un journal ses pensées les plus secrètes. Parallèlement, il rencontre Helen Reed, romancière et professeur de littérature, chargée d’un atelier d’écriture dans cette même université. Veuve depuis peu, éloignée de ses enfants étudiants, elle tient, elle aussi, un journal dans lequel elle livre ses impressions quotidiennes.
Toute l’architecture du roman tient à la confrontation de ces deux récits, de ces deux jardins secrets. Chacun avec son style : lui, livre à son dictaphone ses fantasmes les plus croustillants ; elle, est aux prises avec sa conscience... L’intérêt réside dans le fait que les deux protagonistes se côtoient, font connaissance, deviennent amis... et plus. Grâce à leurs deux journaux, menés en parallèle, on lit dans leurs pensées, leurs interprétations respectives des mêmes événements.
L’idée est intéressante, car au fond, qui n’a pas rêvé de lire dans les pensées d’autrui ? Et la démonstration tend aussi à prouver qu’on ne peut jamais être certain de ce que pense l’autre… Pensées secrètes appartient bien à la famille des romans de David Lodge. On y retrouve bon nombre de traits particuliers : la confrontation de deux personnages, la vie sur un campus universitaire, les descriptions de la société britannique, l’analyse des situations sous leur angle humoristique...
Malgré quelques longueurs (à moins d’être passionné par le débat sur la conscience) et une intrigue un peu convenue, le récit est bien construit, les personnages attachants et on se régale de leurs pensées secrètes…
Valérie Revol
© Etat-critique.com - 30/01/2012