Tout le fiel anglais dans une charmante comédie de moeurs.
Ralph Messenger : professeur en sciences cognitives ! Adepte des concepts pointus, il règne en maître sur un campus universitaire où il remarque la jeune Helen Reed. Romancière et veuve depuis un an, elle est invitée à l’université pour enseigner durant quelques mois.
Elle est l’opposée du suffisant professeur. Son drame a marqué ses inquiétudes, ses doutes mais aussi son amour pour l’écriture, où elle peut scruter l’âme et la conscience. Ralph Messenger, lui, veut de la méthode pour comprendre les mécanismes de ce grand ordinateur qu’est la conscience.
Les styles s’opposent et la séduction s’invite. Comme nous sommes chez David Lodge, le marivaudage sera cinglant puis pathétique. L’auteur anglais a une verve corrosive et ses personnages sont toujours les pantins de leurs sentiments, souvent en contradiction de leurs certitudes.
Samuel Labarthe impose naturellement une confiance pour jouer cet universitaire trop prétentieux pour être honnête. Isabelle Carré a tout simplement la grâce pour interpréter une femme qui redécouvre des émotions.
Les mots sont compliqués mais cachent une réalité simple : l’attirance et le désir. Presque des horreurs dans la rigide société britannique où les apparences doivent être sauvées. La mise en scène joue sur ce paradoxe, promenant les deux comédiens sur une scène mouvante.
Il faut s’accrocher aux dialogues. C’est verbeux et les comédiens ont une vraie agilité à surfer sur les différents points de vue entre les personnages : la science face au sentiment. Une fois habitué, on s’amusera de voir pointer les libidineuses pensées et les petits égoïsmes qui vont marquer cette relation interdite.
On pense à Tamara Drewe, la comédie enlevée de Stephen Frears avec ses vieux obsédés et ses fausses innocentes. C’est typically british. La version française conserve la finesse de l’auteur. Le dépaysement est garanti !
Peter Loosdregt
© Etat-critique.com - 29/01/2012