Alors qu’un esprit Burtonien souffle sur cette comédie adolescente à vocation moralisatrice, le propos gentillet laisse souvent la place à un débordement de guimauve inopiné. Restent de bons moments qui rendent l’expérience agréable. Mais sans plus.
Le romantisme n’est pas mort. Tout du moins, le cinéma permet d’en maintenir l’illusion grâce à des artifices intemporels. Car c’est d’amour dont on cause, celui avec un grand " A ", celui qui est aveugle, celui qui fait pousser des ailes. Mais, consécutivement aux turpitudes d’une famille de l’aristocratie, c’est un groin qui a poussé sur le visage d’une pauvre gamine qui devra porter la faute du père.
On parle souvent de l’acné comme du mal générationnel qui traumatise l’enfant qui devient adulte. Ceux qui se plaignent devraient relativiser en s’imaginant affublés d’attributs porcins. Car de l’autre côté du miroir, Pénélope se rassure en se disant qu’elle, au moins, a une très belle peau. Maigre consolation…
Mais l’espoir existe, car le mariage avec un fils de bonne famille pourrait la sauver de sa condition. Il faut croire que la cotation du baiser sur le marché du symbolisme adolescent est en berne. Mais tout n’est pas si simple comme pourrait en témoigner l’agence matrimoniale mise à contribution pour trouver la perle rare qui ne s’évanouirait pas à la vue d’une proéminence nasale et de petites oreilles repliées.
On se dit alors, au vu des effets induits par le visage de l’héroïne, qu’il y a quelque chose de monstrueux à l’œuvre. Pourtant, Christina Ricci ne se dépare pas avec un museau pareil, paradoxe d’un maquillage qui ne se voulait pas trop dégradant pour l’actrice et assez empathique pour le spectateur.
Se dégageront au final deux prétendants : un opportuniste qui raisonne uniquement en termes de relations publiques et un fils de bonne famille présumée qui montrera qu’il ne faut pas se fier aux apparences, une des morales récurrentes du récit. On vous laisse deviner qui emportera le cœur de notre belle demoiselle à l’allure porcine. Mais avant de trouver l’amour qui la délivrera de sa condition animale, elle devra s’émanciper hors de sa cage dorée et apprendre à s’accepter telle qu’elle est.
C’est donc entre un reporter nain devenu borgne à la recherche d’un scoop (hautement symbolique si l’on se lance dans l’analyse d’un projet soutenu par une actrice qui estime peu les paparazzi) et les rites d’initiations à la vie moderne que nous suivrons Pénélope dans ses aventures.
Alors que le long-métrage passe d’un genre à l’autre sans jamais vraiment s’affirmer ni aller jusqu’au bout d’une idée, les qualités du récit perdent en force. La continuité de l’humour n’est pas assurée, la production design ambitieuse n’est pas mise à profit dans un film se concentrant sur les personnages et le style so british finit par se noyer au milieu des poncifs américains.
Fatalement, les baisses de régime sont nombreuses quand les acteurs cabotinent pour remplir un espace laissé vide faute d’exploitation d’éléments scénaristiques et visuels de bonne facture. On passe sur le twist final qui traduit l’héritage du conte de fées. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. La surprise pouvant naître de la nature anthropomorphique de la progéniture, à vous de la découvrir.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 11/04/2008