Film à la production désastreuse, Pathfinder est une série B maudite, qui a droit à une petite sortie estivale. Si les dégâts sont visibles dans la narration, le travail visuel du réalisateur permet de sauver ce qu’il y a à sauver : de la sauvagerie et de la bonne baston old school. Par Thor, ça fait du bien.
Comme Le 13e guerrier de John McTiernan, cette nouvelle tentative de film sur les vikings à virer au cauchemar pour son auteur, Marcus Nispel. Responsable du bon remake de Massacre à la tronçonneuse, le cinéaste s’est lancé dans un projet ambitieux : la rencontre hargneuse entre deux civilisations, les indiens et les vikings.
L’idée était plutôt plaisante et cela donnerait lieu à une série B sévèrement burnée. Une version « hommes des bois » de 300, gros succès de l’année au box office !
Evidemment l’aspect graphique du projet n’a pas été compris par les costards cravates et très vite le cinéaste fut mis sur la touche pour un montage plus terre à terre et efficace. Adapté d’une bande dessinée, le film est visuel et l’ambition artistique de Nispel a effrayé les producteurs.
Après divers remontages, le film sort et réalise un score ridicule au box office américain. Il est vrai que les montages successifs ont limité les personnages à des clichés à la limite du grotesque. C’est de la psychologie de vikings défoncés à l’aquavit. Le trait est grossier mais l’image, elle, est somptueuse.
Elle montre le combat inégal entre Ghost, fils de viking recueilli dans une famille indienne et une ribambelle de barbus casqués prêts à piétiner le maximum de gentils indiens, inquiets par cette invasion venue du Nord. Il y a donc la nature contre la force, la démocratie contre l’autoritarisme, le beau mâle contre les barbares poilus !
C’est assez bête et plus primaire que primitif ! Ca n’égalisera jamais l’épatant film avec Kirk Douglas et Tony Curtis, Les vikings mais franchement, la vision de gros patibulaires assoiffés de bastons aux sabres dépasse les limites du propos.
Marcus Nispel travaille à fond l’esthétisme de son film. Il cherche, sans y arriver, une imagerie mythologique, qui scotche les rétines. Si il y avait eu plus de profondeur, cela aurait pu marcher. Ici ce sont juste de magnifiques guerriers assez effrayants et adeptes du règlement de compte hardcore.
Puisant dans Le 13e guerrier, Conan le Barbare mais aussi Le dernier des Mohicans, le réalisateur offre de jolis morceaux de bravoure héroïques, ancestraux et divertissants. La nuance et la subtilité n’ont jamais le droit de citer mais bon, après tout, c’est un film avec des vikings. On excuse presque les libertés vis-à-vis de l’histoire (les indiens parlent anglais) et la pauvreté des personnages. Et on espère que la malédiction autour de cette civilisation à Hollywood sera bientôt levée : cela pourrait nous offrir enfin un grand film d’aventures. Une belle occasion (presque) gâchée.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 30/07/2007