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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Pas douce

Pas douce

Jeanne WALTZ

Avec Isild Le Besco, Lio, Steven de Almeida et Yves Verhoeven Les films du paradoxe – 30 mai 2007 – 1h24

Et ta critique ?




Malgré son titre, Pas douce est une œuvre sensible. Comme d’habitude, la courageuse Isild Le Besco affronte une fiction dure. Le film, un peu maladroit, constate avec intelligence, la détresse contemporaine. Un premier film sombre et salutaire.

Fred est infirmière de nuit. Elle a une seule amie. Son copain vient de s’installer avec une autre. Elle ne parle plus à son père. La souffrance la ronge. Elle ne prend même plus de plaisir à tirer à la carabine alors qu’elle était championne. Fred n’en peut plus de sa solitude. Elle tente de se tuer mais blesse Marco, un adolescent rebelle. A cause de son métier, l’infirmière va soigner sa victime…

Et voilà comment deux âmes en peine vont se rendre service. A l’hôpital, le gamin va arrêter d’être un petit emmerdeur et Fred va retrouver le sourire. C’est la dernière image du film et elle est très belle. Car avant, la réalisatrice Jeanne Waltz nous plonge dans un réalisme rude au fin fond du Jura suisse.

La sécheresse de la mise en scène bouscule et rend presque l’héroïne, antipathique. Une fois de plus, la comédienne Isild Le Besco se lance dans un véritable chemin de croix. Sa filmographie n’est fait que de rôles torturés et difficiles. Elle est néanmoins captivante. Féminine et indomptable, elle porte le film lorsque celui-ci est un peu trop cru.

Face à la violence de la situation, elle possède une grâce rare et amène la lumière là où on ne l’attend pas. Ce sont ces petits coups d’éclat qui font la réussite de Pas douce.

Car le constat est amer. Jeanne Waltz observe les solitudes les plus frustrantes et les plus violentes. Celle d’une femme seule, enfermée dans sa colère et celle d’un adolescent, perdu dans sa vie. Les liens familiaux sont distendus ou brisés. La réalisatrice montre une société où l’individu est mis en quarantaine.

La petite ville de montagne devient un décor étrange qui enferme les protagonistes. Les habitants sont sur la défensive en permanence. La quiétude cache une rage sourde et destructrice. Pas douce ne fait pas dans le détail et appuie où ça fait mal. Reste l’espérance, qui sauve le film et le spectateur de la grosse déprime.


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 07/06/2007