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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Par effraction

Par effraction

Anthony MINGHELLA

Avec Juliette Binoche, Jude Law, Robin Wright Penn, Martin Freeman - Miramax - 14 mars 2007 - 1h58

Et ta critique ?




Ca y est, c’est confirmé : Anthony Minghella est une cause perdue. Par effraction est un bon gros mélodrame larmoyant et aussi subtil qu’une conversation entre deux supporters de foot dans un pub anglais.

Will est un architecte qui veut rénover le quartier délabré de King’s Cross. Idéaliste, il a installé son bureau au cœur de la zone. Et il s’étonne d’être cambriolé en permanence. Cela lui tape sur les nerfs et il attend des nuits entières dans sa voiture pour découvrir le cambrioleur.

 

Ca lui plaît cette planque : ça lui permet d’oublier sa situation familiale difficile. Liv, sa compagne suédoise, est déprimée et sa fille est une autiste passionnée de gymnastique. Le quotidien est morose et Will le supporte mal. Cependant la vie est moins précaire que celle de Amira, la mère du petit voleur qui pille le bureau de Will. Par hasard, Will rencontre cette bosniaque débordée par son fils.

 

Par effraction fait de donc le constat de la terrible solitude qui rode dans nos sociétés violentes et suffocantes. Ce n’est pas nouveau mais Minghella fait la grosse erreur de nous servir ce sujet avec la niaiserie d’une miss en compétition pour le titre suprême. Le mélo est lourdingue jusqu’au grotesque et les clichés du genre sont assumés avec un sérieux qui, curieusement, prête plutôt à rigoler.

 

En 1991, Anthony Minghella surprenait son monde avec une merveille de comédie anglaise, Truly madly deeply (avec l’exquise Juliet Stevenson qui apparaît ici dans le rôle d’une psy, et le génialissime Alan Rickman). Il confirmait quelques années plus tard avec Le patient anglais qu’il était un cinéaste habile. Mais la reconnaissance a fait du mal à l’ex homme de théâtre : son cinéma est devenu laborieux et prétentieux.

 

Cold Mountain ne faisait pas dans la finesse et ça ne s’est pas arrangé avec ce Par effraction assez effrayant. En plus de rater son film, Minghella véhicule une morale assez réactionnaire sur l’adultère et la culpabilité. Heureusement, le réalisateur a quelques beaux restes de sa vie passée. La photographie est magnifique et la musique a du charme.

 

Beaucoup plus charmants que les comédiens. Les seconds couteaux, Martin Freeman, Ray Winstone et l’épatante Vera Farmiga s’en sortent et écrasent le trio de stars. Jude Law passe son temps les yeux écarquillés pour montrer à quel point il est perdu dans sa vie. Mais il a la chance de ne pas jouer avec des accents caricaturaux. C’est le jeu proposé à Juliette Binoche et Robin Wright Penn, toutes les deux en dessous de leur immense talent.

 

Ce drame bourgeois britannique est une déception et fait tomber Minghella dans le coté obscur d’Hollywood. Pour une dizaine d’euros, Par effraction c’est du vol !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 15/03/2007