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Jeudi 24 Mai 2012Cinéma

 Paprika

Paprika

Kon SATOSHI

Sony - 6 décembre 2006 - 1h30

Et ta critique ?




Nanars, chefs d'oeuvre, séries B, curiosités... Etat Critique vous offre une rétro de la décennie écoulée tout en dvd! Pour ce mercredi, on se fait un dessin animé, mais exclusivement pour les adultes!


Depuis Akira à l’aube des années 90, le cinéma d’animation japonais a considérablement changé notre point de vue sur le dessin animé. Ce cinéma est devenu un genre à part entière et en plus, il est de qualité. Paprika fait honneur à l’animation nippone : c’est un divertissement doublé d’une fascinante réflexion.

Pour ceux qui ont vu quelques dessins animés japonais, les thèmes sont bien plus que récurrents : ils sont une obsession. Il est bien souvent question de sciences et de technologies. L’homme est bien souvent aveugle devant ses créations. Pire, il pollue et s’oppose à la Nature qui parfois se venge. L’être humain est un ingérable génie et cela le mène à sa perte.

La fin du Monde lui pend au nez. L’homme doit son salut à un personnage qui généralement se situe entre les mondes différents. Avant cela, des bestioles ou des robots gigantesques imiteront le lézard atomique Godzilla et provoqueront quelques destructions massives.

Le nouveau film de Satoshi Kon (Perfect blue) n’échappe aux conventions. Encore une fois, des scientifiques imaginent faire une avancée considérable pour l’humanité avec l’invention du DC Mini.

Grâce à ce petit instrument, il est possible de pénétrer dans les rêves, de les enregistrer et de les modifier. L’équipe du docteur Chiba a inventé un personnage virtuel, Paprika, pour aider les patients.

Evidemment, rien ne se passe comme prévu. La machine est volée et certaines personnes agissent dangereusement tandis que d’autres disparaissent. Quelqu’un profite de l’invention pour altérer la réalité et la confondre avec les songes. A force de triturer la psyché, les conséquences peuvent être désastreuses…

Il faut donc se méfier des machines psychothérapiques et surtout de l’orgueil des scientifiques. Le discours est connu, mais Satoshi Kon, lui, reste obsédé par la différence perméable entre la réalité et la fiction.

Ce n’est pas étonnant si son film fait souvent référence au cinéma. Si la DC Mini est la clef scientifique qui ouvre la porte des rêves, le cinéma est la clef artistique pour la même porte. Paprika est un hommage au 7e art : l’éloge est pourtant proche du cauchemar kafkaïen.

L’aliénation de l’homme par ses propres technologies n’est pas une nouveauté, mais Satushi Kon va plus loin en suggérant ce que pourrait être le monde s’il faisait le même rêve. Cela s’apparenterait à du fascisme. La réflexion sur l’art devient politique, et Kon joue habilement sur les faux semblants pour nourrir une enquête complexe et spectaculaire.

Bien entendu, il ne faut pas rater une minute du film sinon vous êtes bon pour devenir à votre tour dément, mais Kon jongle habilement avec la réalité, la fiction, le rêve et son interprétation.

Tout cela est très compliqué mais c’est là la plus grande qualité de la jap animation : elle ne prend jamais le spectateur pour un bouffeur de pop corn sans cervelle. Pop corn et Paprika, voilà une association qui ne va pas bien ensemble. Et c’est tant mieux !



Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 27/05/2009