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Jeudi 09 Février 2012Cinéma
Panique sur Florida Beach (Matinee)
Joe DANTE
Avec John Goodman, Simon Fenton, Cathy Moriarty et Lisa Jakub - Carlottal - 1993
Et ta critique ?
Tous les grands auteurs du septième art ont réalisé leur film sur le cinéma. Personne n’arrive à la cheville de ce chef d’œuvre qui a surtout pris le soin d’être décontracté.
Joe Dante rend hommage au cinéma de sa jeunesse. La peur du communisme nourrissait toutes les histoires des films de science fiction. L’atome devait nous transformer en monstres. Les insectes atteignaient les tailles des dinosaures.
Dans Panique sur Florida Beach, il y a un film dans le film. Mant où la mésaventure d’un scientifique qui se transforme en fourmi géante et qui donc devient un danger pour l’Amérique. Dante soigne la ringardise de la série B et retrouve la saveur de toute cette génération dont Roger Corman est le chef de file et le premier employeur de Dante.
Il se passionne pour Lawrence Woosley, mélange absurde d’Alfred Hitchcock et de William Castle . Deux maîtres de la roublardise, l’un doué; l’autre, fauché ! Il célèbre ces hommes qui avaient la plus grande vertu de croire en leur art, en leur magie, en leur charme.
Son film n’est pas alors une mise en abime sur le difficile processus de création : il parle du cinéma qui lui a fait aimer son existence et de l’importance de la fiction dans l’existence. Spécialement durant l'enfance. Dante, si cruel avec les Américains, se montre d’une tendresse infinie pour son art.
Ce qui l’intéresse c’est l’aspect libératoire d’une séance de cinéma. Le cinéma est un exutoire pour faire disparaître les tensions et les angoisses. En 1962, à Key West en Floride, alors que les Russes arment la Baie de Cochons, la population est plutôt flippée.
Le jeune Gene dont le père est militaire se passionne pour les films d’horreur. Pendant que la ville se prépare à une explosion nucléaire, il attend avec impatience son idole, le metteur en scène Lawrence Woolsey qui vient présenter en vibrorama son nouveau film…
Le cinéma est pour l’adolescent le seul moyen de ne pas péter les plombs, alors que les grands s’imaginent le pire. Dans cette grande psychose, la salle de cinéma devient un eden pour l’innocence précieusement gardé par l’imposant Lawrence Woolsey (impeccable John Goodman).
Lorsque ce personnage explique ce qu’il attend d’une séance de cinéma, la déclaration d’amour de Joe Dante devient réellement touchante et son jeu avec la réalité et la fiction (tous les effets spéciaux vont détraquer la salle et le public va se mettre à croire à une vraie attaque) laisse deviner le dévouement qu’il a pour le cinéma.
Loin des studios hollywoodiens, il tourne effectivement son film le plus personnel mais aussi le plus fouillé. Libre, il dépeint en toute liberté un quotidien pas si manichéen. Il ne fantasme pas sur la bienveillance de la Guerre froide et des années 60. Les temps sont durs. Le cinéma comme échappatoire est une évidence.
Son dernier plan sur un hélicoptère militaire laisse présager le pire : la mort de Kennedy, la guerre du Vietnam et plein de terribles faits qui se sont nourris des peurs américaines. Pendant une heure et demi, il nous offre une formidable fête du cinéma. Moins cynique qu’à son habitude, Joe Dante laisse la plus belle preuve d’amour au genre qui l’a rendu célèbre.