Avec ce roman d'aventure gigogne, Albert Sanchez Pinol revisite les genres littéraires "mineurs" avec un allant et une savoir-faire réjouissants, mais un peu vains.
Un plumitif talentueux, nègre pour un romancier de gare. Un avocat en mal de publicité pour son client accusé du meurtre de deux aristocrates anglais dévoyés. Une expédition au Congo qui tourne au drame. La menace d'une civilisation souterraine qui se prépare à envahir la terre. Les conséquences de la Première Guerre Mondiale sur le moral des Londoniens. Une tortue sans carapace… La liste est longue des ingrédients qui composent le nouveau roman à tiroir du Catalan Albert Sanchez Pinol.
Après La peau froide (l'eau) publié chez le même éditeur en 2004, Pandore au Congo (la terre) est le deuxième volume d'une "trilogie des éléments", beau projet romanesque mené avec enthousiasme par un jeune (il est né à Barcelone en 1965) anthropologue de formation gagné par la fièvre de ses lectures de jeunesse. Joseph Conrad et Jules Vernes sont ainsi présents en permanence derrière l'auteur, comme deux ombres bienveillantes et paternalistes.
La même bienveillance que celle manifestée par l'avocat Norton pour Thomas Thomson, écrivain anonyme. Ils concluent un accord par lequel le second s'engage à écrire, sous forme de roman, la vie d'un client du premier : Marcus Garvey, un gitan incarcéré pour le meurtre des deux fils du Duc de Craver, partis faire fortune au Congo.
En découle une histoire gigogne et picaresque dans laquelle s'interpénètrent autant de niveaux de lecture et d'époques qu'il y a de personnages principaux. Tout cela aboutissant à un ensemble cohérent et homogène, épicé d'un dénouement inattendu propre à titiller l'imagination du lecteur.
Pourtant, si on ne s'ennuit jamais à la lecture de Pandore au Congo, on ne s'enthousiasme pas vraiment non plus pour ce pastiche (habile) de styles romanesques marqués du sceau du XIXe siècle finissant : roman d'aventure exotique au racisme décomplexé (les pérégrinations de "l'expédition" anglaise au cœur du Congo), roman de gare porteur de tous les stigmates du mélo larmoyant (l'enfance du Marcus Garvey), feuilleton aux rebondissements interminables (la lutte contre les envahisseurs souterrains) et roman post-victorien (le Londres désuet et en pleine mutation du début du XXe siècle).
Bref, une sorte de tout-en-un distrayant que l’on emmènera volontiers en vacances, mais qui ne laissera pas le souvenir impérissable de ses prestigieux parrains évoqués plus haut.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 26/10/2007