Sur un sujet tellement omniprésent dans les médias que l’on n’y prête plus qu’une oreille inattentive, Hubert Haddad tisse un récit sombre et subtil, loin de tout cliché ou manichéisme.
Cham, jeune soldat israélien patrouille quelque part en Cisjordanie, quand il est enlevé par un commando palestinien. Blessé, traîné par le commando en fuite, il perd peu à peu tout repère et oublie qui il est. Abandonné presque mort, il est recueilli et soigné par deux Palestiniennes, la veuve Asmahane et sa fille Falastin, qui, pour le protéger lui donnent l’identité de Nessim, leur fils et frère disparu.
C’est désormais à travers ces deux femmes qu’il découvre les humiliations quotidiennes subies par le peuple palestinien : barrages, contrôles d’identité, arrestations sommaires, répression. On comprend à travers cette expérience à quel point l’histoire est bloquée et que seule la violence répond à la violence.
Le constat de Palestine est plutôt sombre et ne laisse que peu de place à l’espoir. Seul le personnage de Falastin, toute de légèreté et d’optimisme têtu permet d’entrevoir un avenir possible et de dépasser les clivages. Et c’est d’ailleurs à l’image de Falastin que Cham/Nessim se raccroche pour tenter de revivre.
La fin du roman ne permet aucune échappatoire et laisse la parole aux extrémistes, ceux qui sont prêts à mourir pour leur cause et que l’amour ne peut plus sauver. La dernière phrase tombe : “D’autres bruits languissent après l’appel du muezzin. Le silence est maintenant achevé. Il n’y a plus âme qui vive”, et laisse le lecteur un peu sonné.
Palestine fait partie de la première sélection du prix Renaudot et c’est très largement mérité !
Véronique Cazaubiel
© Etat-critique.com - 08/10/2007