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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 PARIS-BREST

PARIS-BREST

Tanguy VIEL

189 pages - Les Editions de Minuit (8 janvier 2009)

Et ta critique ?




Véritable régal que ce Paris-Brest, une pâtisserie au goût acide dans laquelle la famille et notamment la figure maternelle apparaît comme un ingrédient totalement indigeste !


Tanguy Viel nous livre ici son cinquième roman, sans doute le plus intime, une fiction empreinte d’éléments autobiographiques où il ausculte et dissèque les histoires de famille, les non-dits et l’hypocrisie qui la démolissent.

C’est un roman gigogne : Louis, le narrateur nous raconte son histoire telle qu’elle lui a été transmise, version réinterprétée des faits, une version expurgée en somme dont Louis ne peut se contenter et qui l’amène, en réaction, à réécrire, à réinventer son roman familial afin de se l’approprier.

Mais au fait, qu’en est-il de cette histoire familiale ?

Tout tourne autour de l’argent ; ses flux et reflux, il sous-tend les rapports entre les personnages, il gangrène et ternit tout.

Ainsi le père de Louis, vice-président du club de foot brestois, est soupçonné d’avoir détourné 14 millions de francs. Déshonorée, la famille se voit contrainte à l’exil dans le sud de la France. Louis peut rester à Brest et profiter de l’appartement dont sa grand-mère a hérité. Celle-ci en s’engageant à devenir la dame de compagnie d’un riche vieil homme, bénéficie à sa mort de sa fortune : une bagatelle de 18 millions !

Mais la mère de Louis, femme cupide, part la mort dans l’âme, rongée à l’idée que le magot va rester à portée des mains avides des Kermeur, la femme de ménage de la grand-mère et son fils.

Après le vol de l’argent de la grand-mère et le retour de la famille dans le Finistère, le bateau prend l’eau et Louis décide de s’exiler à Paris.

Quand Louis revient passer les fêtes de Noël à Brest, il appréhende les retrouvailles. Il faut dire, qu’il a emporté dans sa valise un précieux et terrible trésor secret : le manuscrit de l’histoire familiale. Voilà une véritable bombe à retardement qui va signer l’implacable dénouement. Et sa mère ne s’y trompe pas lorsqu’elle découvre les pages soigneusement cachées, fini la « bien-pensance », l’histoire a viré au règlement de comptes.

Ce douloureux et à la fois jubilatoire trajet Paris-Brest, symbolise le parcours initiatique de ce jeune homme.

Louis n’a eu d’autre choix que de fuir pour écrire et d’écrire pour se reconstruire, se connaître et finalement exister loin des siens. Il lui aura fallu s’éloigner de cette mère autoritaire, intolérante et si peu aimante et d’un père effacé et honteux.

Si Tanguy Viel nous touche c’est parce que les histoires de famille sont universelles et intemporelles, ce qui les rend d’autant plus passionnantes.

Entremêlé au roman familial, l’intrigue policière est bien le nœud de l’histoire, tous les événements s’organisent autour d’elle, le cambriolage de la grand-mère explique d’où provient l’argent de Louis et son départ pour Paris, enfin rendu possible.

Roman non linéaire, sa structure, à l’image du mouvement de la mer, se déroule par constants va-et-vient temporels comme un doux balancement. Les chapitres progressent selon les enchaînements des causes et de leurs effets, tout est rigoureusement imbriqué.

Tanguy Viel est un formidable stylisticien et on se délecte de ce ton incisif et mordant, des égratignures toujours plus saignantes infligées avec une générosité sans complaisance pour aucun des personnages.

L’auteur rappelle au passage que la lutte des classes demeure vivace, entre les préjugés d’une bourgeoisie provinciale conservatrice et un milieu ouvrier laborieux et exploité, l’incompréhension semble tenace.

A déguster sans modération !


Marie Gallego

© Etat-critique.com - 05/05/2009