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Jeudi 24 Mai 2012Livre

 PAGE NOIRE

PAGE NOIRE

Ralph MEYER et GIROUD & LAPIèRE

(Futuropolis - 2010)

Et ta critique ?




Giroud, Ralph Meyer et Lapière se mettent en trio pour une histoire à quatre mains. Page Noire est un kaléidoscope au scénario prenant. A lire.


L’une est journaliste, l’autre sort de prison. Les deux héroïnes ont une revanche à prendre sur le passé. Melle Stevens cherche le scoop littéraire qui va lui permettre de faire un coup médiatique qui lancera sa carrière. Afia se débat avec un passé familial douloureux au Liban. Afia, qui signifie "protégée"  "à l’abri" en arabe, combat un traumatisme laissé par le massacre de Beït-al-Naqad. Une page noire à tourner. Ce jour-là, des militaires israéliens mitraillent l’ensemble de sa famille. La guerre du Liban restera ancrée chez la jeune Afia qui retient sa haine. Afia est un jeune fille rebelle, marginalisée par un passé pesant.


Melle Stevens évolue dans un univers contemporain polychromé bleu-vert. Ses traits sont celle d’une jeune femme dynamique aux cheveux coupés  à la garçonne. Elle ne craint rien et est prête à tout pour avoir son scoop : dénicher cet auteur fantôme qui fait tant parler de lui. Afia évolue dans un univers monochromé, pourpre, qui oscille entre réel et souvenir. Une course dans le passé forcément abstraite et longue.

Tout se complique lorsque Melle Stevens découvre l’auteur caché, Carson Mc Neal. Un auteur qui joue sur le silence et une biographie énigmatique. L’histoire s'entrevoit alors sous le regard de trois personnages et prend des allures de kaléidoscope pendant une dizaine de pages. C’est le moment le plus intéressant de l’album. Le moment de doute ou chaque élément séparé peut donner naissance à n’importe quelle intrigue comme dans un thriller.

Les niveaux de réalité d’espace et de temps se croisent pour laisser apparaître un aller-retour entre fiction et réalité très efficace. La mise en abîme est très bien agencée.  On doute du réel, de la fiction et on n’ose croire à la manipulation du lecteur et des personnages. C’est pourtant le cas. En épilogue, la confrontation des deux femmes et des deux couleurs provoquera une mutation chez Melle Stevens qui prendra les rênes de l’écriture.

Graphiquement les sentiments sont particulièrement bien représentés, avec des dessins simples et des cadrages particulièrement bien vus, Page Noire fait osciller le lecteur dans des sensations diverses comme la vengeance, la culpabilité ou la manipulation.

Une bande-dessinée apparemment simple mais savamment orchestrée. Un éloge à peine déguisé adressé à deux femmes volontaires et modernes.

http://www.futuropolis.fr/


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 22/09/2010