13ème tome pour Pacush Blues. Correspondance avec les corps obscurs s’attaque à la fin de notre existence. Et après ? Tout un programme... et un Ptiluc en grande forme !
Pour ceux qui ne connaissent pas, Pacush Blues est une série d’humour noir intelligemment dessinée et mise en scène par Ptiluc. Dans sa bibliographie, c’est le must du dessinateur. Le dernier de la série La Foire aux cochons éditée à l’Echo des Savanes n’arrive pas à la cheville de la série Pacush Blues. Alors ceux qui auraient découvert Ptiluc par La Foire aux cochons, faites demi-tour, c’est par là que ça se passe !
Pacush, du nom d’une décharge d’ordures située à Mons, donne la parole à une tripotée de rats anthropomorphiques aux mêmes problèmes existentiels que nous. Le monde est une décharge. Dans ce monde de pourriture, la vie s’avère plus dure que la mort, surtout si angoissé on commence à cogiter sur notre fin. La solution serait alors de se donner la mort ? Vanité des vanités ?
Un rat ose franchir le pas vers l’inconnu après 17 pages de déprime contre le bonheurisme artificiel de la société de masse. « Leur sollicitude effrénée à mon égard a quelque chose de terriblement suspect. Mais peut-être que ce phénomène ne m’est pas directement lié. La survie de leur groupe dépend de cette sollicitude… Mais pas la mienne… La mienne elle s’en fout… Ma survie ne dépend que de mon envie croissante de surmort.(…)J’aimerais finir sur une belle phrase… (…) Il faudrait sans doute que j’arrive enfin à trouver un vrai coin de solitude pour prendre une vraie décision décisive… Ouaah…Une décision décisive. Ca, ça sonne plutôt bien non ? »
Le rat se loupe à moitié et sa conscience rencontre un rat plutôt looser avec des dreds, des antennes pour mieux capter la vie… Une autre fuite du système mais en perdition symétrique. Les planches 16 et 17 sont un merveilleux exemple de la construction en miroir. Ptit Luc fait réfléchir au sens propre et au sens figuré les deux pages sur le thème du miroir. Débutent alors des dialogues impayables entre la conscience du mort et les vivants. Tout se mélange pour donner des répliques comme seul Ptiluc sait en donner en nous faisant rencontrer des rats aussi déjantés que ce vieillard arrosant une immortelle, possédant une torture centenaire et collectionnant les fossiles… La course au toujours plus… Les maladies personnifiées sont de la partie : ses fissures d’équilibre entre énergie vitale refrénée dans le corps et énergie extériorisée… Sans oublier les mouches qui interviennent au moment venu…Tout cela pour finir sur le principe féminin… !
Ptit Luc, avec ce 13ème tome sous-titré Treizième porte, nous redonne le sourire avec une finesse propre à son écriture et à ses personnages. L’album révèle une fois de plus les ambigüités humaines de notre société moderne où l’individu sacré roi se retrouve parfois méchamment seul. Une réussite. A lire.
http://www.ptiluc.fr/
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 22/04/2010