Faire un film sur la violence n’a rien d’aisé. Outlaw le prouve en dégageant une odeur nauséabonde de pamphlet d’extrême droite invitant à se faire justice soi-même. A éviter.
L’Angleterre n’est pas considérée comme un pays extrêmement violent. Les premières images de ce film tentent de prouver le contraire. Les agressions racistes et homophobes, le déchaînement des hooligans, les relents du terrorisme et la montée en puissance de la pègre n’ont qu’une explication : le laxisme de la police, la rigidité des institutions et le gouvernement Blair.
Alors, nous assistons impuissants à la narration des destins croisés de personnages normaux mais extrêmement caricaturés. Le premier est un militaire de retour d’Irak qui se rend compte que sa femme l’a facilement oublié dans les bras d’un autre. Le second est un repris de justice sadique qui exerce ses passions voyeuristes comme vigile dans un hôtel. Passons l’avocat qui, pour avoir combattu un chef mafieux, voit sa femme se faire assassiner, le businessman paranoïaque et l’étudiant gay molesté.
Tous disent avoir des raisons de réclamer justice pour les torts qu’ils ont subi, mais la Justice semble rester sourde à leurs plaintes. Alors, sous la houlette du militaire et aidé d’un flic désabusé, notre joyeuse bande de miliciens va prendre les armes pour mettre un terme à toute cette folie.
Si l’once de bon sens moral que chacun possède finit par s’envoler assez rapidement, c’est qu’ils sont portés par une justice qui n’est plus du tout aveugle et en plus très revancharde. Des petits truands aux plus gros poissons, rien ne semble leur résister. Tout du moins jusqu’à la fin qui montrera que les pourris sont un peu partout et qu’à défaut d’avoir raison on finit souvent mort.
Il ne faut pas chercher une quelconque morale dans les dernières minutes, pas plus que dans l’intégralité du film d’ailleurs. A la différence de films comme Orange Mécanique, Fight Club ou The End of Violence, Outlaw n’est pas servi par un discours nuancé ou un second degré salvateur. Ici la violence et prise très au sérieux comme une fin en soi et les conséquences sont sacrifiées sur l’autel de la glorification du mâle protecteur. Au final, l’héroïsation des personnages rend mal à l’aise.
Car on comprend vite que la peur est le moteur de toute cette brutalité. L’empathie forcée tend à nous faire ressentir cette crainte et ce désarroi. Et c’est à contrecœur que l’on se met à réfléchir et essayer de trouver si ce n’est une justification, au moins des excuses. Mais le piège est facile, et l’on se rend compte qu’à force de grossir les traits de la réalité, la fiction n’en paraît que plus évidente.
L’Angleterre présentée ici ne ressemble pas plus à la vraie que l’image de Paris vu par les américains pendant les émeutes de 2005. En cela le film est réussi : on finit vraiment par avoir peur de ce que les gens qui iront le voir pourront en faire.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 12/02/2008