Il ne vous reste que quelques jours pour découvrir la superbe exposition que l’Institut du Monde Arabe a consacrée à Oum Kalsoum, égérie du monde arabe dont la beauté de la voix et le talent ont dépassé les frontières.
Oum Kalsoum avait tout d’une diva : la vie privée mystérieuse (et ses supposées amours saphiques), les caprices, les bijoux, les tenues. Mais Oum Kalsoum, capricieuse, exigeante avec ses musiciens, était aussi pieuse, patriote, nationaliste et fidèle à son pays. Elle trichait sur son âge, et l’on ne sait toujours pas sa date de naissance exacte !
Contradictoire, étonnante, déconcertante, plus de trente ans après sa mort, elle fascine encore. Même pour nos oreilles d’occidentaux, elle revêt un mystère, une magie inexplicable. D’abord, il y a cette voix, si particulière, légèrement rauque et puissante, encouragée par Maria Callas elle-même. Et puis, il y a ces chants, étranges, comme de longues mélopées, des complaintes, des histoires d’amour écrites pour elle par les plus grands poètes et qu’elle entonnait après un long prélude musical. Écouter une chanson d’Oum Kalsoum signifiait une heure de transe. D’ailleurs, lors de ses deux seuls concerts en Occident, à l’Olympia à Paris, à la fin des années soixante, on dut faire un entracte au bout… d’une chanson !
Bien évidemment, celle que l’on surnommait "la Dame" a aussi tâté du cinéma, mais ses expériences ne furent guère réussies. Qu’importe, au fond, lorsqu'on est adulée par le monde arabe, comme elle le fut. Chaque jeudi, elle donnait un concert radiophonique et l’Egypte entière s’immobilisait. À sa mort, en 1975, des millions et des millions d’hommes et de femmes ont pleuré et envahi les rues du Caire. Une vraie star…
L’Institut du Monde Arabe lui rend un superbe hommage : nombreux extraits de ses concerts, photos, mobilier, vêtements, bien des choses ayant appartenu à la "quatrième pyramide" y sont. Mais il y a plus, dans une muséographie orientalisante agréable : des clins d’œil à ses rivales et rivaux, des hommages de chanteurs occidentaux tels que Sapho ou Marie Laforêt, ou encore un créateur de mode contemporain.
Pour ceux qui ne connaissaient d’elle que ses lunettes noires et son chignon (et encore), c’est le moment de parfaire votre culture musicale égyptienne. Dépêchez-vous !
Marie Léon
© Etat-critique.com - 28/10/2008