Michel Fau démontre qu’Othello n’est pas le personnage principal de la pièce éponyme !
Iago déteste Othello ("Je haiiiiiis le Maure"). Pour s’en débarrasser, il va introduire dans son esprit le ver du soupçon, insinuant que la belle Desdémone, dont Othello est fou, le trompe avec son ami Cassio. Iago manœuvre tant et si bien qu’il rend le fier Othello fou de jalousie.
Eric Vigner signe la mise en scène, les décors et les costumes d’un Othello qu’il veut manifestement atemporel. Les costumes sont d’une pseudo-modernité désuète qui peut évoquer à la fois les temps anciens et le futurisme surannée de Star Trek.
Il y a dans cette pièce plusieurs choses qui, à l’image des costumes, ne sont ni franchement ratées ni foncièrement convaincantes. Ainsi, l’omniprésence de la musique devient pesante à la longue et il est dommage que de simples dagues remplacent désavantageusement les épées.
Il y a aussi des franches réussites, comme ce décor épuré constitué d’éléments simples et mobiles (deux escaliers et des panneaux amovibles) qui permet à Eric Vigner de faire face à la multitude de lieux à mettre en scène, tout en ne distrayant pas le spectateur de ce texte remarquable.
Les lumières (de Joël Hourbeigt) sont magnifiques du début à la fin, participant à créer des ambiances dépaysantes et denses.
Michel Fau est formidable dans le rôle de Iago. Un Iago qu’il interprète un peu comme le valet roublard d’une comédie de Molière, comme un personnage éminemment drôle et séduisant. Mais le Diable n’est-il pas le plus grand séducteur ? Iago, lui, est diabolique, assurément. Et redoutablement doué pour abuser ceux qui se fient aveuglément à lui. Sous ses dehors tout en rondeurs, il n’est que félonie et trahison.
"Je ne suis pas ce que je suis"
A côté de lui, Othello fait figure de brute sans finesse. Ses sentiments sont exacerbés et trop entiers. Il aime, ou exècre. Il traite de vile putain celle qu’il chérissait la veille. Il n’a pas le sens de la mesure, contrairement à Iago qui sonde les cœurs pour mieux les tromper.
Cette supériorité de Iago sur les autres personnages est renforcée par le fait que Michel Fau est clairement un cran au dessus de ses partenaires. Il est d’ailleurs tellement bon dans le rôle qu’il arrive à sublimer les autres comédiens (qui semblent d’autant plus limite lorsqu’il n’est pas sur scène). Il faut dire qu’à part Vincent Németh (qui incarne un puissant et imposant Brabantio), les acteurs ne parviennent pas vraiment à convaincre. D’autant que Desdémone chuinte, Othello zozotte ("De la mezure dans nos plaizirs" !) et Lodovico siffle !
Il n’empêche que la pièce est dans l’ensemble un vrai plaisir et qu’il serait dommage de se priver de la performance de Michel Fau.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 26/11/2008