Mravinsky peut reposer en paix !
Son successeur a fait du bon travail, et la phalange de Saint-Pétersbourg sonne de façon splendide, le pupitre des cordes en particulier. Résultat : une merveilleuse soirée, vigoureusement romantique.
Youri Temirkanov, à la tête de l’orchestre qu’il dirige maintenant depuis vingt-et-un ans, se produisait trois fois en concert cette saison au Théâtre des Champs-Elysées. Le premier des trois concerts proposait au programme deux œuvres russes du dernier quart du dix-neuvième siècle, deux sommets du genre, on allait nager en plein romantisme slave, qu’on se le dise !
Mais interpréter deux œuvres aussi connues que Le Lac des cygnes de Piotr-Illitch Tchaïkovski et Shéhérazade de Nikolaï Rimski-Korsakov n’est pas sans risque : comment surprendre ou émouvoir un public qui croit déjà les connaître sous tous les angles ? Temirkanov a trouvé la réponse, avec une interprétation enlevée, et un luxe de détails que lui permet seul un orchestre de cette trempe : on entend tout, on a même l’impression de découvrir des notes qu’on n’avait jamais entendues.
Cette vision chirurgicale ne dessert pas la version de concert du Lac, qui par construction manque un peu de liant, et ressemble toujours à une espèce de best of. Ce mercredi, deux grands moments : la valse de l’acte I et le final, époustouflant. Tout cela sans pathos excessif : Temirkanov nous rappelle que la musique romantique est comme le bon vin : pas besoin d’y rajouter du sucre !
En seconde partie de programme, Shéhérazade a bénéficié de la même qualité d’interprétation, malgré un petit accès de faiblesse au début du deuxième mouvement, où Sergej Krylov au violon voulait en faire un peu trop, et Oleg Talypin au basson ne semblait pas très à l’aise. Mais tout est vite rentré dans l’ordre.
Le très remuant Temirkanov, qui dirige sans baguette, avec parfois de larges gestes à la… Brice de Nice, a offert en conclusion deux bis au public du Théâtre des Champs-Elysées, manifestement conquis.
A propos du théâtre, il faut souligner l’acoustique désormais parfaite de la salle, depuis l’adoption d’un décor de scène entièrement en bois. On pouvait aussi relever ce mercredi soir la disposition particulière de l’orchestre de Saint-Pétersbourg, qui reste celle des orchestres russes : il n’y a aucune estrade, autrement dit tous les pupitres jouent sur le même plan, et surtout les violoncelles se trouvent au milieu du pupitre des cordes, face au public, et c’est finalement mieux ainsi.
Quant à la musique russe au Théâtre des Champs-Elysées, c’est une vieille histoire qui se poursuit aujourd’hui : déjà, en 1913, lors de la saison inaugurale, le scandale de la création du Sacre du printemps, c’était là !
Lequel Sacre a également été joué le 28, par l’orchestre de Saint-Pétersbourg, ce qui permettra une comparaison avec la version prévue dans quelques mois, également au Théâtre des Champs-Elysées, par le Wiener Philharmoniker sous la direction de Lorin Maazel. C’est ce qui s’appelle une confrontation au sommet. A suivre…
A noter : le concert du 25 novembre sera diffusé par la station de radio France musique le mercredi 23 décembre à 20h00.
http://sites.radiofrance.fr/francemusique/prog/diff/liste_concert.php
Philippe Muller
© Etat-critique.com - 29/11/2009