Orchestre National de France, Ludwig van Beethoven, Richard Strauss, Maurice Ravel, le 7 avril 2011 au Théâtre des Champs-Elysées.
Avant son départ en tournée de l’autre côté de l’Atlantique, l’Orchestre National de France, conduit par son actuel Directeur musical, a interprété un programme hétérogène, entre classicisme post mozartien et valse viennoise.
Jean-Efflam Bavouzet interprète Beethoven depuis le début de sa carrière, et compte à son répertoire l'intégrale des Concertos et des sonates. C’est dire s’il pouvait être à l’aise jeudi soir. Il y eut bien un ou deux moments de très bref flottement, qui tenaient sans doute à la distraction causée par une salle particulièrement dissipée en début de concert. Mais pour le reste, quelle régal ! la clarté souvent louée du jeu du pianiste messin et son dynamisme ont fait merveille dans les passages rapides. On eût dit d’un concerto pour deux mains droites.
Certains critiques ont comparé le jeu de Bavouzet à celui de Sviatoslav Ritcher, rien moins ! mais à entendre l’interprétation de jeudi, que le public a longuement saluée, la comparaison ne semble pas déplacée. Ajoutons à cela une parfaite complicité avec le chef et l’orchestre, avec lesquels Bavouzet a déjà travaillé à plusieurs reprises, et qu’il accompagnera bientôt en tournée.
L’Orchestre National de France nous offrait ensuite, après l’entracte, deux interprétations symphoniques très complémentaires, sur le thème de la valse. La première œuvre, adaptation par Richard Strauss de son opéra Le Chevalier à la rose, a été créée en 1946 à Vienne. Il s’agit d’une réécriture, d’une véritable suite plutôt que d’une simple compilation d’extraits de valses. La seconde œuvre, signée Maurice Ravel a été créée en 1920. Dans les deux cas, on peut voir une certaine nostalgie chez ces compositeurs du XXe siècle qui lancent un dernier regard vers la musique européenne, plus particulièrement autrichienne, d’avant le grand cataclysme de la première guerre mondiale, et en donnent chacun une lecture d’un romantisme revisité.
Le legato qui convient à la valse viennoise tranchait avec la première partie du concert, sur un plateau qui avait sorti les rallonges ! la musique viennoise réclame des orchestres king size. Dans ce répertoire qui ne lui est pas naturel, l’Orchestre National de France, malgré la retenue de Daniele Gatti, atteignait parfois à cette qualité de guimauve cristalline à quoi se reconnaît une bonne valse... Vous dansez, mademoiselle ?
De danse, à vrai dire, il était surtout question dans l’interprétation de Strauss, dont la partition taquine souvent la crinoline tourneuse, la toupie de salon, le bal d’opérette. Le cinquième et dernier mouvement de sa Grande suite de valses, en particulier, est si emphatique qu’il est difficile de ne pas se convaincre qu’il a été composé au second degré. Il reste que les mouvements lents conservent la majesté blessée de ses Lieder.
La Valse de Maurice Ravel, elle, débute dans une atmosphère mystérieuse que restitue son qualificatif de « poème », et que la direction de Daniele Gatti parvint à installer parfaitement. De sorte que l’exécution commençait comme du Morricone (façon Peur sur la ville), et se poursuivait comme du Debussy, avant de tendre vers une explosion sonore qui annonce déjà la fin du Boléro.
Les mouvements de valse étaient peut-être moins irrésistibles, moins « viennois », que dans d’autres interprétations — on pense par exemple au même Orchestre National de France dirigé par Sergiu Celibidache dans les années 1970. Mais ce que l’œuvre perdait en qualités chorégraphiques, elle le gagnait en cohérence.
Le concert a été enregistré et diffusé en direct sur France Musique, où il est disponible pendant trente jours et peut être réécouté à l’adresse :
http://sites.radiofrance.fr/francemusique/em/concert-soir/emission.php?e_id=80000056&d_id=425000707
Philippe Muller
© Etat-critique.com - 14/04/2011