Qu’on se le dise, dans le Paris rock du début des années 80, la couleur dominante était le rose.
Une seule adresse pour acheter ses vinyles : New Rose, le disquaire de la rue Pierre Sarrazin, le plus branché de la capitale, à la fois maison de disque et importateur de tout ce qui sortait à Londres, Manchester, Liverpool, Glasgow, New York, Los Angeles et ailleurs…
Une seule adresse pour écouter de la bonne musique en mauvaise compagnie : Le Rose Bonbon, LA boîte rock. La seule avec le Golf et le Gibus à offrir une scène aux groupes français. Mais avec cet avantage insurpassable au Rose Bonbon : c’était concert tous les soirs sans exception ! Le tout confortablement planqué dans les sous-sols de l’Olympia : couverture honorable et inattaquable, pour peu que la fête ne commence qu’après le départ des spectateurs venus se pâmer au son de la guitare sèche de Maxime Le Forestier ou de la voix divine de Nana Mouskouri.
Moralité, en quatre ans d’existence environ, près d’un millier de groupes s’y sont produits, certains plusieurs fois pour le bonheur absolu des fidèles qui venaient là plusieurs fois par semaine voir et entendre la musique qui ne passait pas sur les ondes… et encore moins à la télé !
Cet album hommage sorti près de 20 ans après la fin de l’aventure (début 83) donne à réécouter ces "tubes" que l’on croyait avoir oubliés et qui ressurgissent avec la force et la fraîcheur de l’époque, accompagnés de leurs flots de souvenirs enfouis : la rue Caumartin la nuit devant l’entrée de la boîte, les videurs (les mêmes que l’on retrouvait à l’entrée des concerts au Palace ou au Bataclan), l’escalier abrupt qui descend jusqu’au paradis, le bar à gauche, la scène à droite et le DJ au fond… Et puis cette musique qui se faisait et s’écoutait sans discontinuer, ces nouveaux 45 tours qui arrivaient tous les jours : Clash, Buzzcocks, Marquis de Sade, Orchestre Rouge, Little Red Rooster…
Présentée avec un livret abondamment illustré par Serge Clerc, dessinateur emblématique de cette génération, la sélection "Open all night" présente un panorama fidèle de la richesse foisonnante de la scène française de l’époque. Des plus extrémistes (La Souris Déglinguée ou Wunderbach) aux plus gentils (Ici Paris, Les Avions ou Lili Drop) en passant par les intellos de service (Marquis De Sade, Kas Product ou Orchestre Rouge), ils sont (presque) tous là. Manquent tout de même quelques groupes aussi importants que Taxi Girl, Edith Nylon ou Indochine…
On regrettera enfin que Oberkampf, « les Clash français » (millésime 78) ne soit présent en live sur ce disque que grâce à un enregistrement réalisé… au Bataclan en 2001 ! Faute de goût absolue quand, comme moi, on garde encore au fond de ses tripes, le concert inoubliable donné en 1981 dans un Rose Bonbon bondé et surchauffé !