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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 Ode maritime

Ode maritime

Fernando PESSOA et Claude RéGY

du 8 au 20 mars 2010 Théâtre de la Ville - PARIS

Et ta critique ?




 

Au Théâtre de la Ville jusqu’au 20 mars, une puissante mise en scène d’un des textes les plus poétiques de Fernando Pessoa interprété par Jean-Quentin Châtelain.

 

Lorsque les spectateurs entrent dans la salle, les lumières sont très faibles. Sur scène on aperçoit à peine une énorme plateforme, une sorte de jetée, partiellement insérée dans une structure concave qui rappelle la coque d’un bateau.

 

Jean-Quentin Châtelain entre en scène, monte sur la plateforme et marche jusqu’au point le plus extrême, vers les spectateurs, vers cet abîme noir situé au-dessous de la jetée, un océan imaginaire que le public ne tarde à se figurer. La scène reste très sombre et le comédien, habillé en noir, vaguement discernable, commence son monologue.

 

Une immense ode à la mer, bien sûr : un passionnant flux de conscience, des divagations infinies envahissant l’esprit du narrateur en train d’attendre quelqu’un au port de Lisbonne par un matin brumeux : le quai, les navires, leurs passagers, les pirates, les souvenirs d’enfance etc....

 

La récitation de Jean-Quentin Châtelain surprend pour ses tonalités décalées et narquoises qui donnent au texte (ou font-elles surgir ce qui dans le texte existait déjà ?) un caractère ironique absolument déroutant.

 

L’accompagnement sonore rythme subtilement le monologue, il s’insère parfaitement dans cette atmosphère brumeuse et onirique de la mise en scène.

 

Les paroles – des vagues charnelles d’images étincelantes - établissent un lien prodigieux avec le public, surgissent des correspondances inattendues et singulières et parfois, c’est le cas de la performance du 12 mars, même comiques lorsque plusieurs spectateurs ennuyés quittent la salle cherchant en vain à ne pas se faire remarquer, alors que Châtelain dans son monologue est en train de déclamer : « Je voudrais partir avec vous ! », ce qui provoque des rires fous chez nombre de spectateurs.

 

En effet, la magie de ces correspondances paradoxales ne séduisent pas l’ensemble de la salle dont les réactions restent partagées : plusieurs personnes se lassent du monologue, d’autres, au contraire, applaudissent longuement et avec enthousiasme et à la fin du spectacle.

 

Une mise en scène impressionnante qui permet de redécouvrir cet admirable texte de l’auteur portugais. À ne pas rater.


Gloria Morano

© Etat-critique.com - 15/03/2010