Il n’y a rien à comprendre alors quittons le domaine du bon sens !
Olga ma vache est une nouvelle de Roland Dubillard de 1974. Dans cette nouvelle, l’auteur y décrit avec une vive intelligence les dédales de la pensée humaine quand elle se heurte à la non-communication et à la solitude. Face à l’isolement et à la tristesse, l’esprit n’a d’autre choix que de se livrer entièrement à l’imagination, au risque d’y perdre la raison.
Avec le masque fragile d’un clown triste, apeuré, Patrick Coulais interprète magnifiquement un texte qui prend appui sur une improbable rencontre, celle d’un homme avec une vache. Dès lors, une pensée se met en mouvement, en liberté, avec comme seule volonté : aimer et communiquer avec la simplicité incarnée, la vache, quitte à tomber dans une poétique absurdité.
Que les faiblesses de l’âme humaine paraissent bien dérisoires à côté de la placidité de l’animal qui ne sait même pas que l’herbe n’est pas bonne ! Avec un humour tragicomique, le texte pointe la vanité de l’homme. « J’avais honte avec mes détours devant cette bête du plus court chemin ». En portraitiste de l’excentricité, Patrick Coulais interprète un homme tendre et plein d’espérance à l’affût du partage et du bonheur de penser. L’expérience littéraire dévoile toute la complexité de l’esprit. L’intelligence est motivée, prête à se mentir à elle-même, pour mieux accepter le réel. « J’ai appris à croire que je savais résoudre les faux problèmes ».
Alors le comédien cherche à s’envoler comme un arbre entre folie et raison. Un prétexte pour ne plus parler de soi et espérer en l’autre. On sourit puis on rit devant ce joli texte interprété avec talent par ce comédien « libre d’être bête avec sa vache, sans être jugé ». Un refuge pour l’existence. Une insolite évidence.
Malheureusement, l’imagination ne dure qu’un temps. L’être se heurte à l’altérité, même la plus élémentaire. Malgré « la force dramatique » de la vache, la pensée chemine dans une impasse. L’histoire finit réellement mal. L’être finit par tuer l’autre pour exister, en liberté. On apprécie particulièrement l’humilité et la finesse du comédien accompagné dans la déraison par un mélancolique violoniste déambulateur, Jean Leber. Erik Satie agrémente avec légèreté la partition de Dubillard. Un quartet cohérent de loufoquerie.
Théâtraliser cette nouvelle est une excellente initiative. Une réussite de penseur funambule. A voir et à ruminer.
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Extrait : http://art-psy.com/PDF/Dubillard.pdf
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 25/09/2011