Compte-rendu du festival 2007 de la Route du Rock. Etat-critique was here !... La Route du Rock 2007 n’a pas failli à ce qu’elle est depuis plus de quinze ans. Nous faire découvrir, redécouvrir et partager de la musique. La programmation cette année était encore une fois au rendez-vous. Avec ses réussites, ses coups de gueules, ses ratages et ses confirmations.
Et également ses pieds dans l’eau...
Sonic Youth n’a jamais si bien porté son nom qu’en ce vendredi soir 17 Août 2007. Pour un concert dont on connaissait par avance la set list (l’album "DayDream Nation" joué en entier et dans l’ordre), ils ont une nouvelle fois surpris et laissé sans voix les 7000 personnes venus voir les quatre vieux triturer leurs guitares. Ils ont quand même plus de 200 ans à eux quatre… La pierre angulaire de leur carrière, sortie en 1988, a été tantôt hurlante ("Cross the breeze"), tantôt trainante (Candle) et tellement tubesque, avec le grandiose "Teenage Riot", qui a tout emporté sur son passage dès le début de leur concert.
Emportés, nous l’avons été également par The National. Habités par leurs titres, parcourus de frissons de Bad Seeds ou de Tindersticks, ils ont alliés dans un même élan la rage retenue de leur dernier album "Boxer", et des compositions plus pop. Sublime.
Un groupe de filles bruyantes et sans concessions. Toutes habillées de noir, les quatre Electrlane ont fait grimacer de bonheur nos poils d’oreilles 45 minutes durant. Elles ont balayé les fondamentaux noisy du début des 90’s (Ride, My Bloody Valentine, Medicine), pour y mettre un piano dissonant et une écriture si légère. Le public entier a été mis en transe par cette batteuse métronimique. Et elles ont conquis haut la main le statut de confirmation scénique !
C’est sans aucun doute que tout le public est reparti de ces trois jours en scandant les "Yeah yeah yeah yeah yeah yeah yeah yeah" de la chanson du même nom, du groupe LCD Sound System. Malgré une maigrelette heure de concert, cela a bien été la machine à danser que l’on attendait. Bien plus noisy que leur prestation précédente il y a 2 ans, l’apport d’une guitare sur presque tous les morceaux rendant le set plus rock qu’electro. La bande à James Murphy a clos le festival de manière époustouflante.
Mais attention, si ces quatre claques live nous ont réjouis, certaines nous ont aussi carrément soûlées. Grosse déception autour de l’événement Smashing Pumpkins. Trop décousu dans la setlist. Alternant de jolies versions de "Today" ou "Zero", avec des morceaux beaucoup plus anecdotiques trop difficiles à saisir en live. Et la tête de Billy Corgan qui n’arrête pas d’enfler... Il est vraiment dommage que le groupe de ce compositeur hors pair soit devenu ainsi son jouet, un peu démago... Même si le son est là, le rendu sur scène n’a vraiment pas déchainé les passions, malgré l’énorme affluence du jour, spécialement venue pour eux.
Autre dégonflage de buzz en règle, la prestation live de Justice, qui ressemblait plutôt à un piètre DJ Set. La difficulté de rendre ce genre de productions de studio hyper léchées en live s’est vu comme le nez au milieu de la figure... Et la tentative de mise en scène grotesque avec deux faux murs d’amplis façon Heavy Metal a rajouté au bof général...
A une moindre échelle, le passage de The GoTeam fut lui aussi en deçà des espérances, la faute a un son général un peu brouillon. Mais aussi par la présence de nombreux nouveaux morceaux, inconnus du public, donc difficile à faire bouger.
Cependant, la programmation a fait beaucoup plus que tenir ses promesses qui, sur le papier, s’annonçaient grandes. La découverte du trio anglais Fuyija & Miyagi a ravi nombre de festivaliers. S’appuyant sur une démarche très électronique, à base de beat et clavier, l’apport d’une guitare et d’une basse rendent leur électro club assez pop, dans le sens pop-songs. Le chant contenait juste ce qu’il fallait pour ne pas être ennuyeux. C’était parfait pour le début de soirée du deuxième jour.
Les aléas, il y en eu : la pluie vint perturber le premier jour. Et puis de la vraie pluie : tout le monde sous son Kway. Sous sa bâche. Ou sous ce qu’il pouvait. Particulièrement trempé pendant les live d’Elvis Perkins et surtout Herman Dune qui ont essayé de détendre un peu l’atmosphère avec leur folk fait de bric et de broc... Heureusement, le reste du festival, sans être estival, fut météorologiquement tenable, sans souci.
Et il s’en est passé des choses cette année. J’aurais pu vous parler du bain de Patrick Watson, allant tranquillement sauter dans la mer après son superbe concert au Palais du Grand Large ; de Robert Hamond Jr (la guitare des Strokes), qui jeta violemment la sienne dans la batterie à la fin de son set ; du chanteur d’Art Brut retirant ses chaussettes pendant le concert pour les offrir au public ; du Chili Concarneau, version bretonne du Chili Con Carne ; des navettes de bus si spéciales pour se rendre de St Malo au Fort de St Père, lieu du festival tous les jours ; de la clavièriste de New Young Pony Club qui nous a un peu fait éclipser la musique ou bien encore des galettes savoyardes, dont je vous laisse imaginer la composition, en tous cas, c’est très lourd !!!
Fini à 8h30 du matin le dernier soir (??), après la fête donnée par les bénévoles du festival, oublié par la dernière navette, qui m’a obligé à danser toute la nuit, cette Route du Rock 2007 a encore une fois été une réussite.
La taille respectable de l’affluence (de 6 à 7000 personnes par soir), le fait qu’il n’y ait qu’une seule scène démarrant vers 18h30, tout cela permet d’avoir du temps, et c’est bien agréable. On ne manque rien, on ne part pas au milieu d’un concert pour ne pas rater la fin d’un autre. On va à la plage l’après-midi. Ou bien aux trois concerts organisés au Palais du Grand Large de St Malo tous les après-midi...
Cette désormais institution des festivals de l’été n’a pas de souci à se faire. Musicalement & festivalement.
Stéphane Dorémus
© Etat-critique.com - 28/08/2007