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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Nous, les vivants

Nous, les vivants

Roy ANDERSSON

Avec Jessica Lundberg, Elisabet Helander, Björn Englund et Leif Larsson - Les films du losange - 21 novembre 2007 - 1h37

Et ta critique ?




La sélection « Un certain Regard » à Cannes n’aura jamais mieux porté son nom qu’en intégrant ce film suédois. Plus froid qu’un hiver polaire, plus hermétique qu’un bocal de confiture artisanal, l’expérience est sans pareille mais loin d’être pour tout public.


Un homme dort sur son canapé. Sa fenêtre est ouverte. Un train passe devant sa maison et fait flotter les rideaux blancs du salon. Mais il n’y a pas de train. Et l’homme se réveille. Il vient de faire un cauchemar. Les bombardiers arrivent.

Il y aura d’autres rêves qui auront chacun leur signification, mais cette dernière sera aussi insaisissable que le vent froid qui souffle sur les pays nordiques. Le film partage un point commun avec les notices Ikea : une profonde perplexité.

Composé à 99 % de plans fixes, le long-métrage alterne les tons clairs et les tons sombres dans des scénettes comme autant de tableaux absurdes offert au regard d’un public qui ne sait pas quoi en attendre. C’est parce qu’il n’y a rien à comprendre que « Nous, les vivants » (mauvaise traduction de l’interpellation « Toi, qui es vivant ») est si déroutant. Il cherche simplement à parler à l’homme (ou à la femme si vous en êtes une) qui est en nous.

Cet inventaire de Prévert des faiblesses humaines dépeint un monde où les vivants côtoient les morts. Pas ceux qui dorment sous terre mais ceux qui errent dans leur quotidien, rasant les murs, enfermés dans leur solitude. Du David Lynch sous endorphine en quelque sorte.

Très loin d’être financé par l’office de tourisme suédois, ce film ne fera pas changer d’avis ceux qui avaient une idée préconçue sur la chaleur humaine au pays des meubles en kit : le relatif mutisme des personnages n’a d’égal que le vide affectif qui hante leurs vies. Le superficiel s’entrelace dans une gravité omniprésente grâce à des images douces et amères qui se succèdent au milieu de scènes touchantes et folles où le symbolisme emporte tout par sa beauté.

L’humour scandinave, qui ne nous est parvenu que par des publicité décalées pour des produits immangeables ou des compléments de protection sociale, ne trouvera peut-être pas son public.  Mais il n’y a pas toujours de quoi rire. La détresse et le désespoir en appellent directement au spectateur, quand les acteurs ne s’épanchent pas directement les yeux dans la caméra, cherchant sans y croire une oreille pour les écouter.

Les problèmes de société évoqués (plus ou moins métaphoriquement) sont trop nombreux pour être listés. Parmi ceux que le spectateur français pourra déceler sans peine, on retrouvera le suicide, le racisme, la pauvreté, la mondialisation, le malheur des classes moyennes, la fin de l’enfance, l’alcoolisme, l’amour, le mensonge, la mort du lien social, le devoir de mémoire, la misogynie, la castration de l’homme moderne, le chantage filial… et la météo.

Le moindre bouleversement climatique est source d’un intérêt que l’on croyait réservé aux britanniques, le flegme en moins. Mais nous en sommes presque à la fin. Peu à peu, les personnages sont distraits. Leur regard se porte sur quelque chose en dehors du cadrage rigide de la caméra. Quelque chose hors du plan qui absorbe toute pensée, tout acte et toute parole. Il  faut chercher dans le ciel. Il faut chercher derrière les nuages. Les bombardiers sont arrivés.


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 22/11/2007