Le monde de l’entreprise passionne les cinéastes. Lea Fazer observe l’ascension dangereuse d’un couple d’arrivistes ! Malin, Notre univers impitoyable prouve que l’on peut faire de la comédie intelligente en France. Bonne nouvelle.
Elle est belle et lui, est pas mal du tout. Ils s’aiment et bossent tous les deux dans un grand cabinet d’avocats. Les affaires sont les affaires et les dents rayent le parquet. Cela n’empêche pas Margot et Victor de s’aimer. Un jour, une place d’associé se libère et les deux sont mis en concurrence…
Deux possibilités : soit c’est Victor qui pourra affirmer son pouvoir masculin définitivement. Soit c’est Margot qui jouera de son évidente séduction. Mais les deux vont dans le mur pour la réalisatrice.
Lea Fazer avait déjà surpris son monde avec une comédie culottée, Bienvenue en Suisse. Après l’aventure helvétique, elle observe à nouveau un couple plongé dans un corps étranger. Ou plutôt étrange. L’entreprise est un endroit qui fait peur car les mœurs se révèlent bien ambiguës.
La réalisatrice montre donc la gloire et la décadence de deux employés que l’on aurait voulu modèles. Victor se vautre dans la vulgarité et la sécheresse des sentiments. Margot devient une magnifique plante vénéneuse mais qui finit avec un appétit dévorant pour les hommes.
L’histoire jongle avec les deux hypothèses et propose une réflexion légère sur l’amour au travail. Cela ne vole jamais très haut mais c’est assez subtil. La réalisatrice évite les pièges de la comédie sentimentale ou un final complètement résigné et moralisateur.
Elle joue avec toutes le potentiel de son scénario séparé en deux. Elle sait rebondir d’une vision à une autre. Elle relance habilement l’intérêt, ce qui cache un rythme un poil mou de l’ensemble.
Elle régale aussi avec une direction d’acteurs juste. Bien entendu il y a le couple star, parfait en jeunes loups finalement trop naïfs mais il y a des seconds rôles, tous excellents, comme dans le précédent film puisque ils ne sont pas de simples ombres divertissantes. A ce petit jeu, Julie Ferrier est surprenante en secrétaire coquine mais lucide. On découvrira aussi Scali Delpeyrat, portrait juste de la frustration sexuelle.
Si l’industrie du cinéma en France déçoit souvent en matière de comédie, il faut se fier à la petite entreprise de Lea Fazer qui ne connaît pas la crise de rire mais possède de sérieuses garanties.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 15/02/2008