Travail à la chaîne… alimentaire ! Voilà le sujet de ce documentaire audacieux et ambitieux. Loin du doc didactique et engagé, le réalisateur Nikolaus Geyrhalter réalise un vrai film de cinéma et atteint les consciences. Salutaire !
Les sceptiques sont prévenus : Notre pain quotidien ne véhicule pas un discours d’écologiste forcené ou de végétarien extrémiste. Le réalisateur autrichien ose une critique de la sur consommation mais ce n’est jamais démonstratif. On est très loin de la volonté politique d’un Michael Moore.
Notre pain quotidien donne à voir. Rien de plus. Pendant deux ans, le Nikolaus Geyrhalter a posé sa caméra dans des groupes agro-alimentaires pour observer comment on produisait la nourriture en Europe. Ses plans sont fixes et magistraux. Avec l’intelligence du cadre, il montre toute l’ingéniosité pour produire des richesses.
Il donne à voir la démesure et l’organisation autour de la consommation. Certaines machines fascinent. Les employés ont de drôles de responsabilités. Le récit est une succession d’images précises donc fortes où la cohérence se fait par les hommes mécanisés cohabitant avec des machines étonnantes.
La fascination naturellement, devient inquiétude car la profusion effraie. L’auteur observe cliniquement l’industrialisation de l’agro-alimentaire mais son voyage devient à plusieurs occasions kafkaïen. On s’amuse du tri des petits poussins, élevés en batterie. La naissance d’un veau sur le coté déconcerte. Les découpages de cochons et de vaches impressionnent. Il y a quelques passages obligés qui conforteront les végétariens dans leur choix culinaire.
Seulement les légumes sont aussi de la partie. Leur production a de quoi surprendre. Même le sel y passe avec un improbable voyage fantasmagorique dans une mine de sel. L’auteur enchaîne les paysages, les gestes et soulèvent quelques justes interrogations sur la production et le capital.
Habile, son film étonne réellement par son sens de la mise en scène qui permet une fine observation du milieu. Les canons du documentaire sont explosés. On regrette presque le temps de la cueillette et de la chasse mais on ne peut qu’apprécier la maîtrise et la réflexion, d’une finesse uniquement visible dans une salle de cinéma.