Vision glacée d’une société aseptisée, Norway of life a obtenu récemment le grand prix du festival fantastique de Gérardmer. La concurrence ne devait pas être rude même si le film possède de belles qualités.
Autant le dire tout de suite : Norway of life déçoit. La rumeur était finalement trop flatteuse. L’exercice était périlleux : difficile de dénoncer l’ennui sans être ennuyeux. Le réalisateur a de louables intentions et soigne sa mise en scène. Pourtant le bizarre voyage de son héros finit par lasser.
Andreas arrive dans une ville étrange. Il n’y a pas d’enfants. Il n’y a pas de musique. Chaque habitant est à sa place. Dans cette ville, il n’y a de problème. Andreas est logé dans un appartement. On lui donne un travail de comptable dans une société où tout le monde est poli. Il rencontre même une femme, élégante et accueillante. Pourtant le nouvel arrivant s’ennuie. Il aimerait vibrer un peu. Dans cette cité, l’alcool ne provoque aucune ivresse. Impossible d’exister réellement et de ressentir. Andreas envisageait le paradis, c’est en fait l’enfer.
Le constat rappelle Truman show ou Un jour sans fin. En beaucoup plus sérieux. A une époque où l’insécurité hante tous les discours, le film de Jens Lien s’apparente à un conte philosophique sur la dictature du bonheur. Ce n’est pas inintéressant mais question originalité, ce n’est pas nouveau. L’influence d’Orwell plane une fois de plus sur une fiction et Norway of life n’apporte pas grand-chose sur cette réflexion autour de l’individu et de la collectivité.
Si la déception est bien réelle, le film a quand même des aspects positifs. Jens Lien diffuse un humour assez corrosif tout en étant discret. Par petites touches, le cinéaste dépeint un totalitarisme glacial mais souriant. Andreas aimerait être passionné : toutes les situations le ramènent à une émotion fade et une taylorisation de l’être humain. Lien convoque dans sa fable fantastique, Tati et Kaurismaki.
Il y a donc des passages jubilatoires mais hélas le film se glace au contact de son sujet. Andreas n’arrive pas à réchauffer le spectateur malgré l’interprétation plaisante de Trond Fausa Aurvag. Le cinéaste tombe dans le piège qu’il voulait dénoncer : l’ensemble est trop mécanique. L’austérité a raison de la bonne volonté. Cette version polaire du Prisonnier vaut malgré tout le déplacement pour son indéniable intelligence. Cependant chercher le sens de la vie dans le nord est visiblement une expérience trop glaciale.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 30/03/2007