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Vendredi 25 Mai 2012Musique

 Non-stop Erotic Cabaret

Non-stop Erotic Cabaret

. SOFT CELL

(1981, Sire Records)

Et ta critique ?




Les années 1980 et la new wave font un retour en force dans la mode, la pub et bien sûr la musique. Le nec plus ultra aujourd’hui pour un groupe étant de sonner comme Joy Division, New Order ou les Talking Heads, repenchons nous sur cette décennie un peu oubliée, si ce n’est, dans son versant le plus commercial, par les radios pour trente et quarantenaires qui matraquent à longueur d’onde les mêmes tubes depuis la nuit des temps.

"Tainted Love", de Soft Cell, est depuis sa sortie en 1981 un des morceaux favoris des rallyes et autres soirées de la haute bourgeoisie française où les enfants du Bottain Mondain dansent toujours le même rock saccadé en col rond et Weston reluisantes.

Et pourtant, s’ils savaient…

Que Marc Almond (chanteur et icône gay absolue) et Dave Ball (synthétiseurs) donnaient, dans leur école d’art de Leeds, des concerts-performances, la plupart du temps dans le plus simple appareil ? Qu’Almond vivait au sous-sol d’une maison de passe, dans la ruelle où sévissait Peter Sutcliffe,  le Yorkshire Ripper, serial killer tueur de prostituées qui terrorisa le Nord de l’Angleterre à la fin des années 1970 ?

Que l’album Non-Stop Erotic Cabaret qui renferme "Tainted Love" se vit comme une énorme tournée des quartiers chauds, avec ses titres comme "Seedy Films", "Sex Dwarf", "Entertain Me" ou "My Secret Life" vantant toutes les formes de déviance sexuelle possible ?

Le tout chanté dans un style proche du cabaret (d’où le titre) et sur un beat electro (à l’époque on disait pop synthétique, mais c’est tout comme) qui influença de nombreux groupes actuels.

Car la nouvelle vague de groupes electro-pop comme LCD Soundsystem, Hot Chip ou Simian Mobile Disco doit énormément à ces pionniers qui surent s’engouffrer dans les traces de Kraftwerk. Mais à la froideur conceptuelle des Allemands de Dûsseldorf, Almond et son complice ajoutent des touches de cabaret, mais aussi de disco et de soul, avec une passion qui fait de cet album un petit chef d’œuvre de chaud et de froid.

Il y ajoute des textes drôles et parfois graves (la solitude du jouisseur magnifiquement exprimée dans Bedsitter) mais qui font toujours mouche par leur authenticité.

Si quelques titres ont mal vieilli (notamment le premier, "Frustration"), certains sonnent comme s’ils avaient été enregistrés hier, et l’album contient deux véritables bombes à dancefloors : "Tainted Love", d’abord, bien sûr, magnifique tube, reprise d’une chanson soul de Gloria Jones, couplé dans sa version maxi avec le "Where Did Our Love Go ?" des Supremes, merveille d’arrangements avec son « bink bink » inaugural et récurrent, trouvaille d’Almond ; et "Sex Dwarf" (non, ce n’est pas une déclaration d’amour à Prince !)  et son imparable riff de synthé, ultra-actuel, des paroles complètements délirantes (Je te promènerai dans la grand’rue au bout d’une longue laisse noire), à la fois glaçantes et hilarantes,  et dont la vidéo (où l’on voyait le duo dans une boucherie, entouré de tronçonneuses, de nains et de personnes dévêtues) fut censurée et remplacée par une autre, plus sobre, où Marc, en smoking, dirige un orchestre symphonique uniquement composé de personnes de petite taille. D’ailleurs, le groupe, très visuel (Almond avait fait des études de théâtre), avait parallèlement sorti un « Non-stop exotic video show » constituté de clips de Tim Pope, qui s’illustra plus tard avec The Cure.

Soft Cell, grâce aux mélodies et à la richesse des synthés de Dave Ball et à la personnalité touchante de Marc Almond, très authentique derrière ce masque grandguignolesque, se place  très au-dessus de la concurrence de l’époque, dans cette scène cabaret-pop et néo romantique qui comprit également Duran Duran, Human League ou Spandau Ballet.

A ceux qui croient que les synthétiseurs ne génèrent qu’une musique froide et sans âme, l’écoute de ce petit brulôt est fortement recommandée.


Nicolas Lejeune

© Etat-critique.com - 01/04/2008