Un matin, dans une ravine aride à la frontière du Texas et du Mexique, Moss, qui chasse tranquillement l'antilope, tombe sur un carnage.
"Il examine le terrain puis il examine les véhicules. Ils sont tous criblés de balles. Certaine rangées de trous dans la tôle sont espacées et linéaires et il sait aussitôt qu'elles sont le résultat d'un tir d'armes automatiques. La plupart des vitres ont explosé et les pneus sont à plat. […] Dans le premier véhicule, il y a un homme effondré sur le volant, mort. De l'autre côté du véhicule, deux autres corps gisent dans l'herbe jaune rachitique. Par terre du sang noir séché. […] Un peu plus loin il y a un troisième cadavre allongé face contre terre".
Moss trouve une piste de sang : "Il reste forcément un dernier homme quelque part". Il la suit et tombe sur un nouveau cadavre : "Il y a une lourde serviette en cuir contre le genou de l'homme mort et Moss est absolument certain de savoir ce qu'il y a dedans et il est saisi d'une terreur qu'il ne comprend même pas". Moss ramasse la serviette "pleine à ras bord de coupures de cent dollars" et se barre…
"Je vais faire la pire des conneries, mais je vais la faire quand même", voici ce que se dit Moss et qui pourrait résumer ce livre époustouflant qui marque le retour à la littérature de Cormac McCarthy. Sur un "pitch" (comme disent les Américains) aussi ténu (l'homme qui ramasse le pognon en sachant qu'il ne s'en sortira pas et qui se fait poursuivre par "les forces du mal"), cette grande plume de la littérature américaine offre un livre qui frappe par sa puissance de description (les scènes de crimes et d'échange de coups de feu sont d'une densité remarquable) avec une qualité d'écriture qui vous propulse aux côtés des protagonistes principaux.
À plus de soixante-dix ans, l'homme n'a rien perdu de son talent et il force une fois de plus l'admiration.
Christophe Dupuis
© Etat-critique.com - 20/03/2007