Nicole Tran Ba Vang reprend son
ouvrage où elle l'avait laissé dans sa Collection Automne/Hiver 2003-2004. De
fil en aiguille, elle perce et pare ses modèles, l'espace même de l'exposition,
et invente le "wall-embroderies".
L'aiguille de l'artiste poursuit son
minutieux travail de perforation et d'ornementation, pénétrant à gros points la
chair tendre et offerte, brodant l'harmonie et l'insupportable.
Devant ces
femmes parfaites emprisonnées dans les fils de l’apparence et de l’esthétisme,
l’œil en vain cherche un refuge logique, conventionnel.
"Delphine"
nue, couchée sur le sol, métamorphosée par les motifs qui l’ornent et la
retiennent, est victime d’une invasion. Comme un virus – celui de la
représentation, celui du diktat de la mode – les fleurs prolifèrent et
envahissent son corps. Un corps qui cherche à s’échapper, qui sort presque du
cadre de la photo. La peau, cette pellicule si vulnérable, n’est plus
protection et subit l’assaut répété de l’aiguille.
Très vite,
la sublime vision de ces corps idéaux, de ces images poétiques, bascule dans la
douleur et l’incompréhension.
C’est sur
ce contraste, sur cette frontière ténue qui lie l’attrait et la menace, l’identité
et l’apparence, que Nicole Tran Ba Vang tisse son œuvre.
Et des
habits de peau des années 2000 jusqu’aux femmes en peau brodées de 2007-2008, cette
première exposition personnelle permet de rendre compte de ce travail charnel,
qui dénude l’âme et recouvre le corps.
Plus que
jamais, parce que les motifs maintenant s’égarent sur les murs et sur les sols,
parce que les liens qui retiennent chevilles et poignets sont plus épais, parce
que le téton détouré, le sein profondément troué, sont terriblement
perturbants, les femmes paraissent martyres, élevées au rang de sainte,
souffrant dans leur chair d’une intolérable douleur identitaire.
Elles "paraissent",
en effet.
Et c’est ce
paraître que Nicole Tran Ba Vang brode et inscrit, au plus profond de la chair,
jusqu’à l’être.
Perrine Le Querrec
© Etat-critique.com - 05/06/2007