Le Springsteen du pauvre va vous enrichir d'un album essentiel pour votre discothèque. Que c'est beau de vieillir !
Le Boss a eu du mal à être pris au sérieux en France. Que dire de John Cougar Mellencamp, ersatz gringalet et fumeur de Bruce Springsteen. Pourtant le garçon avait de l'énergie à revendre et un vrai goût d'Amérique sortait de ses chansons vives et rock'n'roll.
Le type aurait dû disparaitre rapidement mais Mellencamp s'est accroché. Il a abandonné petit à petit tous les artifices à commencer par le Cougar qui a fait sa notoriété. Son rock s'est dépouillé. Il a arrêté la cigarette. Il a frôlé la mort. Il a continué de raconter son pays du point de vue des petits, des ruraux et des légendes.
Au milieu des années 2000, on a vu surgir un artiste engagé, imprégné de certitudes et combattif. Comme Springsteen, Mellencamp a muri et s'est mis à croire en son art en même temps qu'il s'est remis en marche politiquement. Après l'excellent "Freedom's road" et le personnel "Life, death, love & freedom", John Mellencamp réalise encore une petite pépite de rock classique. Un concentré d'Americana.
Au plus près des racines du genre, le musicien a fait le tour des quelques studios d'enregistrement célèbres comme Sun Studios à Memphis. Durant une tournée avec Bob Dylan et Willie Nelson, le chanteur s'est promené avec un vieil Ampex de 1955, a enregistré autour d'un seul micro et le son est en mono.
C'est du folk pur et dur. C'est délicieux et beaucoup plus moderne qu'on l'imagine. Aidé par le producteur T Bone Burnett, son blues est direct, rugueux et travaille les tripes. La voix est rocailleuse mais claire pour célébrer ses mythiques inspirations.
Ce n'est pas un discours d'Obama, mais il y a cette même grandeur. En enregistrant de la manière la plus vieillotte qui soit, Mellencamp retrouve une volonté et une fraîcheur qui électrisent réellement l'auditeur.
On devine l'ombre de Dylan sur cet album, mais l'album est lumineux, singulier et libre. Loin des contraintes, revenu de tout, John Mellencamp vieillit sereinement. Il nous le fait savoir avec un disque à la simplicité envoutante.
Un disque pour oublier son vieil antiaméricanisme primaire !