Aucun décor ni artifice: le NYC Ballet revient à l'essentiel de la danse.
Le New York City Ballet (Maître de ballet: Peter Martins) revient à Paris après cinquante ans d'absence pour nous donner une belle leçon de danse en apparence très classique, presque académique, mais qui se révèle en réalité beaucoup plus audacieuse qu'il n'y paraît.
Au menu de ce deuxième programme:
- Sérénade (Musique Piotr Ilyitch Tchaikovski, Chorégraphie George Balanchine)
- Symphonie en trois mouvements (Musique Igor Stravinsky, Chorégraphie George Balanchine)
- Brahms / Haendel (Musique Johannes Brahms sur un thème de Georg Friedrich Haendel, Chorégraphie Jerome Robbins et Twyla Tharp)
Dans Sérénade (1935), la musique de Tchaikovski est lisse et sans surprise: les violons sont coulants et presque trop romantiques.
La danse est parfaitement exécutée, les portés sont remarquables (notamment celui où une danseuse flotte littéralement au dessus des autres), les mouvements d'ensemble sont particulièrement gracieux et les pointes sont impeccablement exécutées. La chorégraphie recèle de très beaux moments, comme lorsque les bras se tendent l'un vers l'autre et que les danseurs – qui évoluent main dans la main – semblent former une touchante guirlande de bonshommes en papier.
Il n'empêche que le bleu éthéré des tutus, ainsi que la sagesse et le classicisme ambiants, évoque la gaité un peu ennuyeuse et froide d'un palais de conte de fée.
Avec Stravinsky (Symphonie en trois mouvements, 1972), les rythmes plus syncopés donnent à la musique une richesse colorée et variée. George Balanchine se met parfaitement au diapason de la musique et construit intimement sa chorégraphie autour d'elle. L'émotion est donc plus riche et beaucoup moins linéaire que dans Sérénade.
On quitte les déliés pour des mouvements plus dynamiques. Filles et garçons - dont les costumes et les gestes évoquent ceux de sportifs un peu rétro - semblent s'affronter dans une joyeuse confrontation. Très beaux sauts des danseurs qui bondissent à pieds joints et genoux fléchis, comme des athlètes sautant de joie.
Le final de la Symphonie en trois mouvements est absolument époustouflant : c'est tout le NYC Ballet qui semble être sur scène pour nous emporter dans un tourbillon tel que l'on ne sait plus où donner de la tête (le nombre de danseurs est vraiment impressionnant).
Brahms (1984) et Robbins font, quant à eux, la part belle aux danseurs (hommes). Les ensembles masculins sont touchants et légers (on ne distingue pas de bruit du plancher lorsqu'ils touchent à nouveau le sol après des bonds impressionnants).
La musique et les costumes (dans les tons turquoise et vert) évoquent la campagne, une campagne joyeuse et irrévérencieuse. La musique ressemble par moment à un menuet moqueur et favorise l'audace joyeuse des danseurs : les portés se transforment en véritable jetés de danseuses, les danseurs mettent volontiers leur partenaire la tête en bas, les gestes sont désarticulés et la moue crâneuse...
Le NYC Ballet présentera en tout quatre programmes à Paris, ce qui vous donne une chance d'en voir au moins un avant le 21 septembre.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 16/09/2008