Pour les 20 ans du grunge, retour sur un des albums les plus marquants du rock. Etat Critique fête la fin d'année en montant sérieusement le volume!
Et tout le monde se mit au grunge. Sur un riff, sur un morceau, sur un album. Nevermind fut le déclencheur de tout : le retour au rock. Cet album a été ce qui manquait à toute une jeunesse. Les années 60 avaient eu pléthore de chanteurs protestataires, les seventies Iggy et ses Stooges, Led Zep, les années 80 Joy Division, Robert Smith et ses Cure : les années 90 auraient leur porte étendard, leur leader.
Quand, en 1991, Smells like teen spirit déboule sur les ondes, c’est une révélation pour toute une génération. Les T-shirts Guns’n’Roses (ceux-là ont-ils déjà fait du rock ?) sont remplacés par ceux de Nirvana, Appetite for destruction est remisé au placard et Nevermind squatte les platines. En 1991, tout jeune qui se respecte possède ce Nervermind. Kurt Cobain y parle du mal adolescent, avec violence, avec sincérité et avec une véracité incroyable. Butch Vig aide à mettre tout cela en musique. Et le public s’y retrouve.
Après des années 80 où la cold-wave a régné en maître avec un son édulcoré, chloroformé et froid, retour à des valeurs plus brutales. Bien sûr, les fabuleux Pixies avaient ouverts la voie quelques années auparavant. Ces derniers, arrivés trop tôt, séparés, n’ont jamais eu le succès qu’ils méritaient.
Heureusement, Nirvana est là pour reprendre le flambeau. Et de proposer un rock total. Cobain hurle sa rage, son désespoir, Dave Grohl martèle sa batterie, Dave Novoselic violente sa basse. Et les tubes s’enchaînent.
Des tubes inoxydables. Pas ceux d’un été. Non, les vrais tubes, ceux qu’on écoutera toujours avec autant de plaisir dans 30 ans. Ceux qui resteront quand la plupart des autres auront disparu.
Smells like teen spirit est l’hymne de toute une génération. Come as you are est intemporel et toujours aussi fascinant. Territorial pissings est un titre punk d’un jouissif rarement atteint, où Kurt Cobain part totalement en vrille, Lounge act a cette basse incroyable, Stay away avec un Dave Grohl qui fait montre de son immense talent. Et que dire de Something in the way, balade magistrale qui clôt l’album, chanson bien loin des standards ringards et sirupeux des pseudos rockers de l’époque - prouvant, s’il était besoin, que Nirvana ne se complaisait pas dans la facilité.
L’artwork parle autant que les chansons : ce gamin plongé dans une piscine, tentant d’attraper un billet de 1$ pendu à une canne à pèche. Image incroyable de la gangrène qui est en train de bouffer la société actuelle.
Le plus fascinant dans tout cela: lorsque l’on réécoute cet album, le même bonheur est là, présent. On se sent concerné, on sait, et l’on se rend compte, que l’on est face à un des albums du siècle, un de ceux qui ont marqué à jamais, par leurs textes et leurs musiques, toute une génération, voire plus encore.
À la suite de cet album miraculeux, Nirvana enchaînera avec un In utero sûrement supérieur. Il n’empêche, Nevermind reste l’album qui aura remis le rock à sa vraie place. Celle qu’il méritait et mérite vraiment.
Kurt Cobain pourra bien, quelques années plus tard, se balancer une bastos en pleine tête et laisser des millions de fans en proie à une tristesse infinie, il aura réussi son pari : celui de redonner foi à toute une génération qui ne voyait pas d’un bon œil l’entrée dans les années 90.Et Nevermind d’être son testament.