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Vendredi 25 Mai 2012Musique

 Neon Bible

Neon Bible

ARCADE FIRE

(PIAS - 2007)

Et ta critique ?




Retour en force des Canadiens avec un troisième album à la hauteur des espérances (immenses) placées en eux par leurs fans du monde entier. Chronique d'un succès annoncé.


Rappelez-vous. Début 2005, la rumeur enfle, portée pour la première fois par l'Internet (beaucoup d'autres suivront) : un groupe de Montréal se prépare à sortir un album époustouflant baptisé Funeral. Drôle de nom pour une naissance. Mais surtout drôle de groupe pour un succès que l'on pressent irrésistible. Une bonne dizaine de musiciens polyvalents s'échangeant leurs instruments au gré des morceaux, porteurs de chansons enivrantes et hallucinées, emmenés par un couple improbable (à la scène comme à la ville), comme le symbole de tout un pays : Régine Chassagne la francophone et Win Butler l'anglophone.

Succès quasi immédiat (Arcade Fire avait déjà à son actif un EP éponyme de sept titres – 2003 -, passé à peu près inaperçu) relayé par une réputation mérité de meilleur groupe scénique de sa génération. C'est qu'il faut les voir, ces diables de Canadiens, alignés sur scène comme montant au front, instruments au côté, portés par une ferveur lyrique qui les plonge dans une transe hallucinée, tout entier offerts à leur musique et à un public idolâtre...

C'est donc peu dire que le nouvel album des messies du rock était attendu de pied ferme, oreilles attentives et esprit (état) critique affûté.

Onze titres plus tard (multipliés par autant d'écoutes), le verdict est sans appel : "Putain, y sont forts les mecs !" (sic)

Mais encore ? Fort de son nouveau statut, Arcade Fire s'est installé toute l'année 2006 dans une ancienne église rachetée et retapée par leurs soins aux alentours de Farnham, petite ville tranquille de 8000 habitants. Ainsi planqués dans leur antre, ils ont pris le temps de composer et d'écrire sans précipitation ni influence parasite extérieure.

Bien leur en à pris. Aucun reniement ni redite aisée avec Neon bible. Plutôt le prolongement d'une voie toute personnelle tracée sans contrainte de mode ni influence extérieure.

Alternance d'hymnes exaltés et de mélopées funèbres aux vertus non moins enivrantes, le nouvel opus pourrait se trouver tout entier condensé dans son premier titre. Un Black mirror qui démarre mezzo voce, comme un murmure indistinct, qui enfle lentement pour prendre progressivement toute sa puissance et finir dans une apothéose instrumentale dont on imagine le pouvoir hypnotique sur scène.

Dans la catégorie tubes imparables, on rangera sans hésiter les titres les plus enlevés du lot : Keep the car running, No cars go (repris du premier EP), The well and the lighthouse et surtout Intervention et son imposant orgue d’église : proprement irrésistible !

Mais, comme toujours avec Arcade Fire, il ne faut pas négliger l’écoute attentive des morceaux plus lents, plus intimistes, plus noirs… souvent porteurs d’une universalité et d’une émotion tout aussi ébouriffante. Ocean of noise ou Windowswill sont ici les "messagers de la nuit" de Win Butler, Regine Chassagne et tous les autres. Le point culminant de cette émotion étant sans doute atteint en clôture d’un album aussi électrique qu’espérée, avec un déchirant My body is a cage qui tirera des larmes aux moins sensibles…

La bible de néon était jusqu’à ce jour le titre d’un roman de John Kennedy Toole, écrivain culte, publié pour la première fois en 1989, vingt ans après sa mort. La bible de néon est désormais le titre d’un album d’Arcade Fire, groupe culte, édité en 2007, cinq ans après sa naissance !


Joël Fomperie

© Etat-critique.com - 15/04/2007