Une lecture où il ne faut pas avoir le mal de mer et surtout une envie de se mouiller. Le dernier roman de Francisco Coloane est un testament maritime et humaniste.
Avouons le tout de suite : la répétition donne un peu le mal de mer. Francisco Coloane, fils de baleinier et grand écrivain chilien a toujours été passionné par la mer et ses aventures. Il a su imposer une vraie mythologie à la marine sud américaine. Son dernier livre est une succession de naufrages.
Toute son œuvre est sensible malgré les mers déchainées et les orages qui scelleront le destin tragique de milliers de personnes. Il a toujours désigné l’Homme comme une petite chose face à la nature, colossale et magnifique force.
Sa passion emporte tout. Son écriture fouette souvent le lecteur et on est bien souvent renversé par ses histoires d’eaux ! Ici, ça finit mal à chaque fois. De Magellan jusqu’à nos jours, des bateaux viennent s’échouer sur la côte sauvage de l’Amérique latine. Les capitaines de navires et les arrogants européens écrasent leurs illusions en même temps que leurs bateaux.
Rien ne résiste aux voyages longs et difficiles. La maladie s’en mêle. Les indigènes résistent. La nature règle ses comptes. A quelques mois de sa disparition, Francisco Coloane répertorie les morts affreuses et les navires funestes.
Ca peut donner la nausée. Cela donne surtout un rythme étrange où l’anecdotique finit par donner une idée de la destinée humaine. L’air de rien, l’accumulation permet de toucher à une conception plus universelle de l’existence et la fatalité.
Le vieil homme et la mer nous donnent une dernière leçon. Elle est austère mais pas inintéressante. Elle est mortelle mais rappelle à quel point on peut se sentir, sur l’océan, vivant !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 03/08/2010