Tout le monde rêve d'écrire le mini opéra rock qui s'installera sur une seule face d'un trente trois tours. Bob Dylan, lui, en 1969, se met à la country. Un magnifique pied de nez !
Le LSD et tous les hallucinogènes de la planète modifient la musique et particulièrement le rock. Les standards de production sont profondément modifiés à la fin des années 60. Les musiciens jouent des titres sans fin et les expérimentations sont nombreuses et variées.
Bizarrement, cela a l'air d'embêter Bob Dylan. Il boude Woodstock. Il s'isole et continue de taquiner les modes. En 1965, Robert Zimmerman a choqué l'Amérique en jouant de la guitare électrique sur des chansons folk.
En plein délire hippy, le troubadour voyage jusqu'au fin fond du sud des Etats Unis, à Nashville pour réaliser un tout petit disque avec un invité ringard, Johnny Cash. A l'époque l'homme en noir est un has been qui tente de se relancer. Pas de problème pour Dylan: il est le prestigieux chanteur de la première chanson qui annonce un disque de country très classique.
En trente minutes, Dylan signe dix magnifiques chansons de crooner. Dylan s'adapte aux structures stéréotypées de la country. Sa voix éraillée transcende le genre. Les guitares sont faussement nonchalantes et Dylan s'installe dans de rustiques habitudes.
A la recherche de tranquillité, loin des médias hystériques, Dylan et sa famille s'installe à Nashville et le bonhomme trouve du réconfort dans la tradition et les racines du blues. Ce n'est plus du folk primitif et sauvage. C'est de la country reposante et sublimée par l'écriture humble du chanteur.
L'Amérique est à l'époque secouée par des protestations politiques et sociales. L'exercice de style de Dylan donne l'impression de chercher une idée du bonheur. C'est un album qui rend heureux, qui s'oppose à son époque pour mieux lui offrir un miroir. C'est intelligent et élégant.